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La communauté Sant Egidio :
Vous avez certainement entendu parler de cette communauté, rappelez-vous, ils sont venus de Paris et d’Anvers, le 22 mars 2000 dernier à St André, pour une rencontre-témoignage avec des membres de cette communauté. Pour faire bref, Sant Egidio est née en 1968, dans le sillage du Concile Vatican II, et dans le souffle imprévisible et révolutionnaire de mai 1968 qui a couru en France, mais en Europe en général. André Riccardi italien, alors lycéen d’un bon lycée romain, jeune homme bien comme il faut, fils de banquier, et bien en sécurité, lit assidûment la Bible, et sent qu’il faut prendre l’Evangile au sérieux. Il veut faire amitié avec les plus démunis, l’Evangile est en effet pour les pauvres, quelques soient les pauvretés. Pour cela, pas besoin de s’expatrier, pas besoin de partir dans le tiers-monde. A leurs portes, ils entendent des cris. De fils en aiguille, à bicyclette, à plusieurs, ils rendent visite aux personnes des bidonvilles, qui jouxtent à la Ville Eternelle, petit à petit ils font amitié avec les personnes âgées que personne ne visite, ils font amitié avec les plus pauvres que personne ne regarde, et sympathisent avec les enfants des bas-quartiers de la ville, que tout le monde méprise. Et puisque le projet qu’ils les animent porte des fruits, ils seront bientôt rejoints pas de nombreux lycéens et étudiants heureux de servir les plus démunis. Ainsi commence à se former un embryon de Communauté. " La contemplation dans l’action " préconisait ou plutôt souhaitait St Ignace de Loyola, au XVI ème siècle, cela représente assez bien l’esprit qui habite Sant Egidio, puisque les membres prient et agissent, et prennent l’Evangile vraiment au sérieux. Aujourd’hui, 30 000 membres dans plus de 20 pays, et une petite communauté toute nouvelle sur Reims, qui met ses pas dans ceux de ses aînés. A Anvers, par exemple, il y a les visites des personnes âgées, les temps de rencontres avec elles, les prières, l’Ecole de l’amitié avec les enfants où entre soutien scolaire, et jeux, les enfants se découvrent, et pour faire plus fort encore, il y a aussi les fameuses rencontres enfants-peronnes âgées, des temps qui en surprennent plus d’un, d’un côté comme de l’autre… Les membres d’Anvers ( que nous avons vu à l’œuvre) tissent des réseaux d’amitié dans les quartiers plus ou moins difficiles, et le mélange est fort beau !! Sur Reims, nous sommes tous jeunes, et nous visitons pour l’instant les personnes âgées, plus quelques familles à qui nous venons apporter chaleur humaine et amitié sincère. Peu importe en effet, les structures, pas besoin de locaux à part entière, ni de financement, ni de subventions, ni …. Juste l’amour des autres, l’amour pour les hommes de notre temps, soutenu par Dieu et l’amour que nous portons à Dieu. (Oh que c’est bien dit)
A côté du service auprès des plus pauvres, Sant Egidio s’est retrouvé un peu par hasard (quoique que l’Esprit Saint sache toujours mettre en route les gens qui faut là où il faut ! ) à faire de la médiation dans des conflits internationaux, inter-ethniques…parvenant à force de dialogue, de rencontres, et de partages, à faire signer en octobre 1992, les accords de paix au Mozambique, notamment. Appelés, sollicités sur d’autres terrains, ces diplomates de l’ombre, ses facilitateurs de la paix oeuvrent : Kosovo, Algérie, Guatemala, Liban, Yougoslavie… Bénévoles, (chacun ayant un travail, une famille) ses hommes et ses femmes agissent pour fonder la paix, ayant pris conscience que la guerre est la mère de toutes les pauvretés. Ainsi, sur un plan international, ils étonnent, ils détonnent même, parce que leurs méthodes ne sont pas celles employées par la machine onusienne et par d’autres acteurs étatiques, parce que ces bâtisseurs de paix croient en la paix, croient en la force du dialogue, croient en l’homme. Je pourrais vous faire tout un exposé sur la capacité de Sant Egidio a réussir là où bon nombre de politiciens ont échoué. Cette facette de la Communauté a plu depuis longtemps au médias, qui ne se lassent pas d’écrire sur les médiations entreprises par St Egidio. Mais, ils sont arrivés sur la scène internationale avec le même objectif depuis toujours : servir les plus démunis.
Sant Egidio est proche de cœur des Conférences Saint Vincent de Paul, de Frédéric Ozanam, mais leur démarche est sensiblement différente, et moi, je me sens en adéquation avec l’esprit, avec la projet porté par cette Communauté. Le maître-mot de cette commu nauté, c’est l’AMITIE, faire amitié avec tous, et de façon bienveillante et vraie, pas de bonne conscience mais la certitude que nous sommes des êtres de relation, et que son voisin est un visage de Dieu vivant, et Mireille dans son lit d’hôpital est un visage du Christ pour moi. Depuis mes visites, nous sommes rentrées dans une amitié bien particulière, je suis sûre qu’elle me reconnaît, j’attend chaque lundi de la voir, elle m’attend tout autant. Avant Noël, Camille, une autre amie de la Communauté naissante de Reims, s’en allait vers le Père. Je vous raconte brièvement, parce qu’elle nous a marqués : Camille était une femme d’Epernay, très peu de visite pour ne pas dire aucune, des enfants qui l’ont laissée vieillir dans cette maison ‘de vieux’, et puis Camille, elle voulait mourir, se suicider, chaque visite commençait par " bon, puisque je ne sais pas nager, je vais me jeter dans l’eau, et me noyer…. " et, la première fois, on ne trouve pas les mots tellement la souffrance et la solitude de la personne âgée est douloureuse, et puis un jour j’ai répondu que si elle mourrait, il me manquerait quelqu’un, et que mes visites à son chevet étaient pour moi source de bonheur, pas un bonheur éphémère, mais un bonheur simple, celui de la vraie rencontre. On se plaisait, on s’est compris. Alors, au fils des semaines, des liens se sont tissés, une amitié est née. Bon d’accord, elle avait des fois, des plombs qui sautaient gravement, elle était en effet persuadée d’avoir 150 ans, à cause de je ne sais quelle bourde du gouvernement comme elle me racontait, et moi de rétorquer, " mais bien sûr, et la marmotte elle met le chocolat dans le papier d’alu… ". Ceci étant, voilà qu’une semaine, elle avait un pêche du tonnerre, blaguant sur tout, envoyant péter tout le monde, me disant que le bon Dieu, elle allait lui dire deux mots si elle le voyait…La semaine d’après, le lundi 18 décembre, je rentre dans sa chambre avec Christine, (qui arrivait d’Anvers pour nous soutenir dans nos débuts de Communauté, en effet, la Communauté d’Anvers sont nos ‘parrains’), et Camille était en pleine agonie, un visage blême, un souffle court, et des râles impressionnants. Moi, qui ne suis pas du milieu médical, son état m’interpelle, on me fait dire qu’elle n’en a plus pour longtemps, sa mort est même prévue pour la fin de l’après midi, comme si on pouvait prédire…beurk, mais bon du coup, un peu blessée, je passe du temps avec elle, on appelle Alexis et Vincent, on se dit qu’on va réciter un beau notre Père .Dans sa chambre, notre Camille est très entourée, l’infirmière en chef est interpellée et nous incite à lui parler, à lui tenir la main. Je lui promets de revenir le lendemain, quand je l’appelle, elle semble reconnaître son nom prononcé par ma voix, elle tourne la tête, mais déjà elle s’apprête à retourner vers le Père. Cette prière autour d’elle est pour moi aussi un réconfort, faire amitié avec les plus pauvres, c’est aussi faire amitié entre jeunes de la Communauté, ben oui, faut être cohérent ? et là il y avait Communauté vraiment… Dans cette chambre, la présence de Dieu était incroyablement palpable. De retour à l’Aumônerie, il faut que je raconte ma visite, et un quart d’heure plus tard, on vient me prévenir que Camille est morte. Elle est partie dans une paix qui transparaissait sur son visage, paraît-il. Les infirmières nous disent que Camille attendait notre venue, elle attendait qu’on vienne pour partir en paix, elle prie maintenant pour nous tous, c’est sûr ! Elle nous manque notre Camille, il est certain que faire amitié nous implique automatiquement, et accompagner quelqu’un jusqu’au bout, et bien ça secoue, mais c’est beau. Et je mettais attachée à cette vieille dame, comme je suis attachée à Mireille, Jacqueline, René….comme Vincent est lié avec Mr Blondeau, Mme Wolf, comme Alexis, Audrey….sont attachés à leurs ami(e)s.
Bien entendu, ce que je vous raconte est de l’ordre du témoignage, mais je sens que Sant Egdio porte en elle une espérance nouvelle, alors que ce IIIème millénaire nous appelle à être et devenir artisan de paix, dispensateur de joie, joyeuse lumière….Je crois en ce que propose cette Communauté, elle vient de recevoir le prix de l’UNESCO pour la recherche de la paix, nous étions là pour applaudir tous ceux qui oeuvrent jour après jour au rapprochement des peuples, par l’amitié et le dialogue. Face à la croix, pendant le temps de prière qui a réuni en l’Eglise St Meri de Paris des membres de Sant Egidio venus du monde entier, il y avait tous ces gens, d’âge différent, unis et confiants. Oh, que oui, notre monde est beau, oh que oui, il nous faut agir et aimer. A Roux, auprès des personnes âgées, je reçois beaucoup plus que je ne donne, et à l’éternelle question du temps qu’on passe, et bien non, ce n’est pas une perte de temps, c’est un gain de temps. Et pour que je puisse dire ça, moi qui me plains toujours de manquer de temps… Avec le recul, j’en gagne en allant à Roux, déjà parce que la vie semble bien plus simple, et puis tout ce qui n’est pas donné est perdu. Je ne vous ai pas livré ce looonnnnnng mot pour flatter mon ego (non, c’est vrai), ni pour recruter pour Sant Egidio. Sur Reims, notre philosophie est de dire que si Dieu veut de ce projet de Sant Egidio, Il nous montrera des signes, et bien entendu pour l’instant on croule sous les signes ! Il est très malin, notre bon Dieu. Non, prenez ce témoignage comme il vient. Ce fut une joie pour moi de partager avec vous sur ce qui me tient à cœur, racontez nous aussi via Internet, ces visages que vous rencontrez, ces partages parfois tombés du ciel que vous pouvez avoir.
Pour plus de renseignements : tél 03.26.89.08.65
Et nos temps de prières : Chaque lundi à 20 h 00
Dans la chapelle des soeurs de l'Enfant Jésus - 48, rue du Barbâtre à Reims
Anne.