Homélie Vigile pascale 2008 – Matthieu 28, 1-10
Frères et sœurs,
La Vigile Pascale nous plonge dans une atmosphère de nuit et de mort (visite au cimetière, tremblement de terre, éclairs, soldats morts, peurs, tremblements). À cela Dieu répond “N’ayez pas peur ! Il est ressuscité. N’ayez pas peur, allez en Galilée (c’est-à-dire vers tous les hommes), vous m’y verrez.” Des signes de sa résurrection, lumière au cœur de la nuit, nous ont été donnés ces jours-ci : après les déchirements électoraux le pays s’est vite recomposé autour de la mémoire du dernier des poilus ; des professeurs de Rogelet-St-André ont lavé les pieds de 80 élèves ; des jeunes vont professer leur foi dans un monde si laïc ; Guilia (et tant d’autres catéchumènes) va être baptisée.
Oui la Résurrection du Christ est l’affirmation que l’amour est plus fort que la mort. Marie-Madeleine et Marie l’ont expérimenté. Avant elles, le bon larron fut le premier à le vivre. Écoutons le pseudo Ephrem à ce sujet :
« Mais revenons à la Passion. Pendant le jugement, la Sagesse se tait et la Parole ne dit rien. Ses ennemis le méprisent et le mettent en croix. Aussitôt, l’univers est ébranlé, le jour disparaît et le ciel s’obscurcit. On le couvre d’un vêtement dérisoire, on le crucifie entre deux brigands. Ceux à qui, hier, il avait donné son corps en nourriture, le regardent mourir de loin. Pierre, le premier des Apôtres, a fui le premier. André aussi a pris la fuite, et Jean qui reposait sur sa poitrine, n’a pas empêché un soldat de percer celle-ci de sa lance. Le chœur des Douze s’est enfui. Ils n’ont pas dit un mot pour lui, eux pour qui il donne sa vie. Lazare n’est pas là, lui qu’il a rappelé à la vie, l’aveugle n’a pas pleuré celui qui lui a ouvert les yeux à la lumière, et le boiteux, qui a pu marcher grâce à lui, n’a pas couru après de lui. Seul un bandit crucifié à son côté le confesse et l’appelle son roi, au scandale des juifs. Ô larron, fleur précoce de l’arbre de la croix, premier fruit du bois du Golgotha ! »
Oui l’amour est plus fort que la mort.
Mourir dignement, c’est mourir dans l’amour car l’amour est plus fort que la mort et car la mort n’a rien de digne en elle-même. En Christ, c’est le plus grand acte d’amour. (La croix est le sommet du monde, disent les Pères.)
Mourir dignement, c’est mourir entouré par la vie, c’est mourir nourri des sacrements de la vie.
Mourir dignement, ça se prépare dans des facultés de médecine où on ne donne pas seulement des recettes techniques pour mettre à mort (? serment d’Hypocrate).
Mourir dignement, ça se prépare dans une société qui refuse de faire passer le désir avant toute autre préoccupation, qui sache raisonner sans se laisser influencer par des situations particulières, mais par la Raison, et si possible la foi.
Mourir dignement, ce n’est pas choisir sa mort, c’est l’assumer quand elle vient et comme elle vient.
Mourir dignement, c’est avancer avec la force de Dieu qui nous habite, sa Vie, son Église Sainte, c’est vivre dans un art de vivre, dans une qualité de vie habitée par le seul amour, même si les autres nous réduisent à un légume.
Mourir dignement, c’est croire que le seul ressuscité dans sa chair, Jésus le Christ, Dieu fait homme, est mort d’une des morts les plus ignominieuses et qu’il y a mis l’amour jusqu’au bout.
Mourir dignement, ce n’est ni l’acharnement thérapeutique, ni le suicide assisté, c’est mourir dans l’amour livré, personnellement regardé par le Christ comme un exemplaire unique de l’icône du Dieu vivant que Dieu rappelle à Lui au cas par cas, s’intéressant au cas par cas à chaque être qu’il a voulu et aimé de toute éternité.
Mourir dignement, c’est mourir à son péché (Paul aux Romains, épître de la nuit) et même si ce corps va vers sa ruine, croire que l’être intérieur va vers sa gloire car le Christ ressuscité me précède (Cf Jean-Paul II).
Mourir dignement, c’est, comme les femmes au tombeau, courir annoncer aux autres la Résurrection du Christ, en vivre, les aimer jusqu’au bout, se consumer pour eux, car aimer c’est mourir pour l’autre et non pas le faire mourir.
Mourir dignement, c’est refuser que quiconque ait pouvoir sur ma vie, c’est refuser que quiconque utilise ma souffrance à des fins idéologiques. C’est ne donner à personne la permission de me donner la mort, même si l’ordre sera exécuté par un autre ou par moi.
Mourir dignement, c’est refuser que la vie soit un produit industriel dans lequel il y aurait certains déchets à éliminer. C’est refuser de livrer ma vie et ma mort à une majorité émotionnelle, de livrer mon être en pâture à l’opinion dominante devenue tribunal intraitable.
Mourir dignement ne dépend pas de ma foi ou de ce que pense l’Église seulement. Cela dépend de la raison, ce cadeau dont tout le monde dispose.
Mourir dans la dignité, c’est avoir droit au silence qui entoure toute souffrance sans lancer de grands principes froidement.
Mourir dignement, c’est accepter dans ce silence que la conscience, ce sanctuaire où habite le Ressuscité, éclairée, dialoguée, partagée, puisse penser loin des comités de soutien, d’émissions de téléréalité, de conférences de presse, de sollicitations de nos émotions.
Mourir dignement, dans le silence, comme lorsque le Christ est ressuscité en pleine nuit, c’est laisser sa chance à l’intelligence de ma situation, unique, infiniment unique.
Mourir dignement, c’est faire silence, de grâce. C’est entrer dans la vie (Thérèse de Lisieux). C’est vivre dignement.
Car le Christ est ressuscité des morts.
Amen. Alleluia !