Lettre Pastorale Eucharistie

St-André Paroisse et Communauté étudiante P. Vincent Di Lizia

“J’ai reçu du Seigneur ce qu’à mon tour je vous ai transmis.” (1 Cor 11, 23) (Paul, au sujet de l’Eucharistie)

Chers frères et sœurs,

Au moment où se conclut l’année de l’Eucharistie que nous avait offerte le grand pape Jean-Paul II, je suis heureux de rendre grâce avec vous pour ce don inestimable.
Avec l’Équipe d’Animation Paroissiale nous avons cherché à valoriser l’Eucharistie, à la proposer de façon renouvelée ; c’est ainsi que nous avons pu vivre trois grandes Eucharisties à l’échelle du centre-ville ; une après-midi de formation à la liturgie nous a réunis lors des Rameaux ; l’enquête sur la présence dominicale a permis de mettre en évidence quelques vérités ; les livrets de méditations estivales pour adultes et pour enfants ont contribué à vivre un été eucharistique. Évoquons enfin la grande Eucharistie des JMJ de Cologne.
Au cœur de notre vie ecclésiale, nous savons pourtant bien que de grandes questions demeurent ; beaucoup de fidèles ont délaissé la participation à l’Eucharistie ; les générations suivantes la connaissent à peine. Nos assemblées nombreuses et festives de centre-ville ne doivent pas nous tromper ; les fidèles y viennent de partout ; nos quartiers ne sont guère plus évangélisés qu’en périphérie, et le dialogue sur la participation à l’Eucharistie en famille reste difficile voire tabou, sinon impossible.
En entendant les uns et les autres, en participant à ces questionnements et en priant le Seigneur, je vous confie quelques pistes de méditation au sujet de l’Eucharistie dominicale paroissiale. Elles jaillissent aussi de l’expérience de toutes ces célébrations vécues ensemble dans le Seigneur.
Parcourons ensemble le chapitre 6 de l’Évangile selon St Jean, où Jésus, après avoir multiplié les pains, doit affronter les questions de ses interlocuteurs, questions si actuelles…

1) “Jésus rendit grâce…” (Jn 6, 11)
Lors de la multiplication des pains, comme lors de la Cène au Cénacle, Jésus rend grâce à l’avance. Il remercie le Père pour ce qui va se passer, transformant ainsi à l’avance l’épreuve en acte d’amour, la souffrance en communion, la mort en principe vie nouvelle. L’attitude païenne, quant à elle, demande à Dieu et remercie après… si elle est exaucée selon ses vœux.
Lors de l’Eucharistie, Jésus anticipe sa mort et, par l’action de grâce, la transforme en acte d’amour : « Ceci est mon corps livré pour vous ». Ainsi, lorsque nous célébrons l’Eucharistie dominicale, nous entrons dans ce merci du Christ, nous vivons à l’avance toute notre semaine en disant au Père : oui, Papa, sois béni pour ces événements qui peut être feront mal, mais, en Jésus - par Lui, avec Lui et en Lui – tu en fais avec moi une occasion d’aimer, de communier davantage avec mes frères. Célébrer l’Eucharistie transforme ainsi la vie (et la mort) en profondeur.
2) “Travaillez pour la nourriture qui demeure en vie éternelle.” (Jn 6, 27)
Juste après la multiplication des pains, Jésus oriente les disciples sur une nourriture tout autre : lui-même, dans l’Eucharistie. Il nous fait vivre sur terre comme au ciel, en pèlerins qui ne s’installent pas, mais qui passent, rassasiés de la Vie éternelle.
Voilà le sens de l’Eucharistie paroissiale ; le terme grec “paraoikeo” - d’où vient le mot paroisse – désigne souvent dans toute la Bible l’exil, le pèlerinage ; ainsi en Actes 13, 17, le peuple juif grandit lors de son “séjour paroissial” en Égypte. ”Para-oika” : habiter à côté, sur le seuil, en marge - voilà la condition du paroissien qui vit dans le monde tout en n’étant pas du monde (Jn 17, 10.16), citoyen des cieux tout en faisant fructifier la terre, œuvre bonne de Dieu. Tout cela découle de la résurrection du Christ qui nous a déjà fait citoyens du ciel. L’Eucharistie, en donnant la nourriture céleste, en orientant les regards vers le “Ciel”, maintient l’Église en état de pèlerin, les « reins ceints, le bâton à la main et les sandales aux pieds » comme les hébreux à la sortie d’Égypte (Ex 12, 11). L’Église est ainsi maintenue sur un “qui-vive” permanent ; elle est remise en cause pour ne pas sombrer dans le sommeil.
La paroisse n’est donc pas le lieu du sommeil et de l’installation tranquille. L’Eucharistie dominicale la maintient éveillée et sur le pont en permanence. Celui qui “débarque” à la messe doit pouvoir s’exclamer dans la joie : « Vraiment Dieu est parmi vous ! » (1 Cor 14, 25).

3) “Quel signe fais-tu pour qu’à sa vue nous croyions ?” (Jn 6, 30)
Le Christ rassemble ses disciples, leur livre son corps, Pain de Vie : voilà le signe primordial, pauvre et humble, caché et si puissant, aimant et pardonnant par dessus tout. Ce signe devient alors l’Église, qui elle-même est Corps du Christ livré pour le monde.
Quand voyons-nous l’Église ? Quand voit-on l’Église, signe du Corps donné pour le monde ? Lors de l’Eucharistie ! Sans Eucharistie, pas d’Église. Sans rassemblement eucharistique, pas d’Église vivante. Tout comme dans l’échelle humaine, nous savons bien que sans repas où tous communient autour d’une même table, la famille n’existe pas.
Bien plus, l’Eucharistie demeure un des trois piliers de la vie en Christ pour la communauté : l’écoute de la Parole, l’Eucharistie et la Prière, la vie de charité (Ac 2, 42). L’Eucharistie renvoie aux deux autres et inversement. Tant de familles demandent le baptême pour “entrer dans la famille de Dieu”… Quelle famille leur présentons-nous ? Que penserait un correspondant anglais arrivant dans une famille qui ne se met à table qu’une fois de temps en temps ?

4) “Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger ?” (Jn 6, 52)
La pauvreté de l’Eucharistie nous étonnera toujours, tout comme les bénéficiaires de la multiplication s’étonnent qu’un homme – en apparence – se dise être le Pain de Vie et rassasie des foules. Un morceau de pain - en apparence – consacré peut-il rassasier ? L’Eucharistie dominicale demeure vitale pour la route parsemée de tant d’embûches.
S’étonner de l’apparente pauvreté eucharistique n’a rien de surprenant. Nous ne voulons pas trop que Dieu se mêle de notre histoire concrète, nous nous satisfaisons d’un Dieu lointain et puissant… et « on soulève des questions qui veulent montrer qu’une telle proximité est impossible. Mais demeurent, dans toute leur efficace clarté, les paroles que le Christ prononce précisément en cette circonstance : “En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous” (Jn 6, 53). Devant le murmure de protestation, Jésus aurait pu se replier sur des paroles rassurantes : “amis, aurait-il pu dire, ne vous faites pas de souci ! J’ai parlé de chair, mais il s’agit seulement d’un symbole. Ce que je veux, c’est seulement une profonde communion de sentiments”. Mais Jésus ne recourt pas à de tels adoucissements. Il a maintenu ferme son affirmation, même devant la défection de beaucoup de ses disciples » (Benoît XVI à Bari le 29/05/2005).

Nous avons été frappés par la grande veillée des JMJ à Cologne où le Pape, à genoux devant l’Eucharistie exposée, s’est effacé dans un silence bouleversant ; ce soir-là, que de jeunes ont été nourris et rassasiés en vérité.

5) “Celui-là n’est-il pas Jésus, le fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère ?” (Jn 6, 42)
À l’apparente pauvreté de l’Eucharistie s’ajoute l’apparente banalité des signes et des gestes. Bien des jeunes abandonnent la messe car, disent-ils “c’est toujours pareil”. Précisément Dieu choisit ce qui est faible pour donner sa force ; et que dire des battements du cœur ? Quoi de plus banal et répétitif… tout en étant vital.
Dans l’Eucharistie s’opère la plus grande transformation qui soit : le matériel devient vivant (le pain en corps) et le vivant devient divin, le Corps du Christ. Qui plus est, l’assemblée elle-même, par l’écoute de la Parole, la puissance de l’Esprit Saint et par la communion, devient Corps du Christ, alors qu’elle n’était que l’agrégation de personnes souvent étrangères les unes aux autres. Le Pape Benoît XVI a longuement médité cette transformation qu’il compare à une fission nucléaire (messe de clôture des JMJ). De cette transformation découlent toutes les transformations et les révolutions non sanglantes qui changent les cœurs et le monde en profondeur et en vérité dans la durée. Sans Eucharistie, pas de changement véritable.

6) “Voulez-vous partir vous aussi ?” (Jn 6, 67)
Jésus questionne ici ses disciples que nous sommes. La lettre aux Hébreux, dès l’époque des premières communautés chrétiennes lançait un vibrant appel : « Ne désertez pas vos assemblées ! » (Hb 10, 25). La désaffection de l’Eucharistie a plusieurs causes personnelles et ecclésiales, mais aussi des causes liées à la vie de notre monde occidental. À nous aussi, Jésus demande : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » L’Évangile selon St Jean nous dit que « beaucoup de ses disciples se retirèrent » (Jn 6, 66). Que d’événements bouleversent nos vies et nous font quitter la communauté eucharistique : crise spirituelle, déménagement difficile ou crise dans le travail ou le couple, passages de l’adolescence, de la vie étudiante, du premier travail, des enfants, de la santé précaire ; expérience des difficultés communautaires, paroles du Christ qui nous remettent en cause…
Dans ces contextes souvenons-nous de deux choses : d’abord, l’Eucharistie est née dans un contexte de trahison, celle de Judas, sans oublier la fuite ou le reniement des autres apôtres ; dès le départ, il y a donc pourrait-on dire un “vice de forme”. Et ensuite, nous serons toujours en décalage par rapport au don de Dieu ; le monde se charge de nous le rappeler en jugeant souvent l’écart peccamineux entre nos agissements et notre participation à la messe. Ici, Jésus demande simplement si tout cela constitue des raisons suffisantes pour partir…

7) “Elle est dure cette parole ; qui peut l’écouter ?” (Jn 6, 60)
L’enjeu de l’Eucharistie, le Corps et le Sang livré comme nourriture, ne passe pas et ne passera pas comme “une lettre à la poste”. Sachons accueillir cette difficulté en nous et chez les autres, sans nécessairement nous en satisfaire. Nous avons vu combien Jésus le Christ, à la Cène, rend grâce et ainsi, à l’avance, fait de sa mort et des péchés des hommes, de sa souffrance et des trahisons, des occasions de communion et d’amour. L’Eucharistie grandit à travers nos souffrances de la voir (apparemment) abandonnée par beaucoup. Que dire encore des souffrances de tant de disciples qui peinent sur le chemin de la perfection, de la conversion permanente, afin de mieux vivre leur vie comme une eucharistie ? Et qu’ajouter également des souffrances de ceux et celles qui s’abstiennent de l’Eucharistie car ils se savent en porte-à-faux momentané ou permanent avec l’Évangile ? La croix est inhérente à l’Eucharistie puisque le Jeudi Saint anticipe le Vendredi Saint et le réalise en faisant un acte d’amour à l’avance, volontairement et librement.
Nous ne pourrons jamais ranger la participation à la messe dans le registre du marketing, uniquement rivés sur les bonnes méthodes pour attirer le plus de monde. Certes, nous ne sommes pas appelés à faire fuir pour faire fuir. Mais la fuite est inhérente à la vie eucharistique, dès le départ.
Souvenons-nous que la question de Jésus provoqua la réponse émerveillée de Pierre : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ! » (Jn 6, 68).
Nous pouvons également vivre cette dimension crucifiante de la désaffection eucharistique en acceptant paisiblement et volontairement l’abstinence du Vendredi Saint et du Samedi Saint. (C’est un jeûne dans l’attente de l’Époux qui vient la nuit pascale ; c’est aussi une communion aux souffrances de ceux qui ne peuvent communier, telle cette dame âgée pour qui la messe hebdomadaire en maison de retraite était célébrée à l’heure de la livraison de ses réserves d’oxygène ; ne voulant déranger personne, elle souffrait en silence. Quelle immense joie de lui donner la communion !) Nous pouvons aussi vivre cela en n’imposant pas de force la communion lors du mariage de nos enfants ou des funérailles d’un proche sous prétexte qu’une ou deux personnes vont communier alors que personne ne participe plus à la messe ; que de cinéma serait évité en se rappelant que l’Eucharistie n’est pas un droit, qu’elle ne rajoute rien aux autres sacrements ou sacramentaux en tant que tels et qu’elle n’est pas là pour embellir et édulcorer des rites devenus païens pour beaucoup.
Au sujet de cette souffrance eucharistique, nous pourrions relire St Paul aux Colossiens (1, 24-25) : « Je trouve ma joie dans les souffrances que j’endure pour vous, et je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps qui est l’Église ». Ainsi, nos souffrances au sujet de l’Eucharistie désaffectée, si elles sont vécues de façon oblative et eucharistique, sont une grâce et une occasion de construire l’Église.

8) “C’est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel … Nul ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire.” (Jn 6, 32.44)
Pour transmettre l’amour et la joie de l’Eucharistie, le Seigneur a déposé en chacun des talents spécifiques ; les divers ministères en sont témoins. N’oublions cependant pas que c’est le Père qui appelle et qui attire. C’est d’abord une affaire d’amour et de séduction (cf. Jérémie 20, 7) de la part de Dieu lui-même.
La meilleure “publicité” pour l’Eucharistie s’enracine donc dans un contact régulier avec le Seigneur, spécialement dans l’Adoration eucharistique. Cette fidélité des disciples obtiendra de Dieu que s’accomplisse sa volonté. C’est Dieu qui envoie des prêtres, c’est Dieu qui rassemble, c’est Dieu qui sanctifie, c’est Dieu qui nous envoie, corps livré pour le monde affamé d’amour.
Nos demandes pour correspondre à la volonté de Dieu butent hélas sur nos divisions ; Jésus assure que « si deux d’entre nous sur la terre se mettent d’accord pour demander quelque chose, ils l’obtiendront de son Père qui est aux cieux » (Mt 18, 19) : la division toujours scandaleuse des chrétiens ne peut que rejaillir sur l’Eucharistie. Comment pouvons-nous permettre au Père d’attirer à Lui dans l’Eucharistie alors que nous déchirons sa tunique ? Au lieu de compartimenter les religions, apprenons à lire ensemble et davantage la Parole de Dieu, découvrons que chaque Tradition a compris quelque chose de l’Eucharistie et que toutes peuvent être complémentaires : les catholiques, qui insistent sur la réalité du Corps du Christ dans les apparences du Pain et du Vin, les protestants qui insistent sur l’importance de la foi des fidèles pour rencontrer le Christ Eucharistique ; les orthodoxes qui veulent manifester la puissance de l’Esprit Saint dans la transformation eucharistique. Frère Roger, à Taizé, a versé son sang pour que cette réconciliation devienne réalité.

9) “Qui vient à moi n’aura plus jamais faim.” (Jn 6, 35)
Ce “plus jamais” nous fait contempler la vie, la mort et la résurrection de Jésus comme un acte unique, universellement et définitivement capable de sauver tout homme. C’est “pour nous” qu’il livre son corps et verse son sang. Comment nous approcher de cet événement datant d’il y a deux mille ans ? Par l’Eucharistie, précisément ; car la messe rend présent ce sacrifice du Christ, fait une fois pour toutes pour tous les hommes, et qu’il ne faudra “plus jamais” (Jn 6, 35) recommencer.
Grâce à l’Eucharistie, je n’ai plus besoin d’essayer d’atteindre Dieu : c’est Lui qui vient à moi ; en effet, dans le sacrifice d’amour de sa Passion, le Christ est devenu librement et totalement et amoureusement solidaire de tout homme. À chaque messe, cela est rendu présent.
Grâce à l’Eucharistie, je n’ai plus besoin de me demander s’il y a un rapport entre Dieu et ma vie : c’est son Fils qui fait le pont – il est le grande prêtre, le “pontife”, qui intercède pour moi, qui porte mes péchés et qui déverse la miséricorde du Père. À chaque messe, cela est rendu présent.
Grâce à l’Eucharistie, je vois enfin clair sur le rapport entre Dieu et ma souffrance. En effet, alors que mon péché m’empêche de me donner parfaitement, le Christ, lui, est venu (Hébreux 10, 7-9) ; il a appris la souffrance obéissante (Hb 5, 7-8) et s’est offert à Dieu, poussé par l’Esprit Saint (Hb 9, 14). Tout cela, il l’a fait pour moi, pour nous tous. Et pas dans des vagues sentiments, mais en versant son sang, totalement docile à l’Esprit Saint ; nous savons que, pour vivre, le souffle de l’air respiré est transféré dans le sang (l’hémoglobine fixe l’oxygène) qui transmet la vie à toutes les cellules du corps. De même, le sang du Christ, uni à l’Esprit Saint qui lui a permis de le verser par amour, se transmet à tous les hommes grâce à l’Eucharistie. Le Père Vanhoye, dans son commentaire de la lettre aux Hébreux, l’explique en profondeur. Cela nous renvoie à l’importance de la vie d’offrande et de docilité à l’Esprit Saint du prêtre qui préside l’Eucharistie, sa totale disponibilité pour agir “en lieu et place” du Christ, afin de rendre présent l’unique sacrifice, et que tous “n’aient plus jamais faim ni soif” en ayant rencontré le Seigneur.
Voilà pourquoi le sang du Christ nous purifie (Hb 9, 14) : parce qu’il est versé avec l’Esprit Saint et sous son impulsion aimante. Il sanctifie et permet au croyant de rencontrer Dieu en vérité. Sans l’Eucharistie, régulièrement célébrée, comment être en contact avec ce sang, cette chair ?

L’Eucharistie épisodique et peu vécue (“croyant non pratiquant”) nous transforme rapidement en “pratiquants non croyant”. Nous retournons alors au premier Testament où l’on pratique un culte extérieur, on essaie d’approcher Dieu, d’obtenir ses grâces au moyen de liturgies même superbes. Jésus, lui, fait passer à un « culte personnel, existentiel et spirituel qui prend tout l’homme et le met en relation authentique avec Dieu … Il n’y a plus de séparation entre le culte et la vie » (Père Vanhoye).
Voilà donc le sang de la “nouvelle Alliance” comme l’on dit à la prière eucharistique ; c’est une façon radicalement nouvelle de rencontrer Dieu, d’être rencontré par lui, au cœur de notre vie. L’Eucharistie, au cœur de la vie, rend présente cette rencontre.

10) “Seigneur, donne-nous toujours ce pain-là !” (Jn 6, 34)
Le cœur touché par l’Eucharistie ne peut que crier cette demande émerveillée. Je vous souhaite, frères et sœurs, d’en faire l’expérience, de même que les disciples d’Emmaüs avaient dit au Seigneur avec ardeur : « Reste avec nous, Seigneur… ! » (Luc 24, 29). Comment ne pas entendre ici le même émerveillement dans la bouche des personnes venant très occasionnellement à des célébrations eucharistiques festives : “Si c’était toujours comme cela, on reviendrait tous les dimanches…”
Nos Eucharistie doivent permettre au Seigneur et aux fidèles lointains ou occasionnels de se rencontrer et de s’émerveiller. Le Cardinal Lustiger comparait l’Église à une comète où le noyau correspond aux fidèles fervents et la queue, avec sa dispersion de particules lumineuses, aux personnes “moins ferventes”. Tous font partie de la même comète ; tous sont appelés à la joie du noyau embrasé de ce foyer d’amour.
En complément des paragraphes précédents, rappelons-nous aussi de l’importance de la liturgie digne et festive, sobre et cohérente avec la vie de charité, participative et respectueuse de la Tradition de l’Église ; l’importance des Eucharisties diocésaines avec l’évêque (Messe chrismale, Messe de St Remi, etc…), des Eucharisties en secteur pastoral ; l’importance de l’Eucharistie en semaine pour sanctifier la journée, de la fidélité à l’Eucharistie paroissiale sauf exception rare ; l’importance de vivre les divers ministères eucharistiques pour l’assemblée et pour la Gloire de Dieu – et non pour nous faire plaisir ; l’importance des ministères chargés de la communion auprès des malades et des personnes isolées, en tant que ministère ecclésial, mandaté et non privé, réservé aux seuls amis ; l’importance d’une paisible et saine préoccupation pour les vocations de prêtre qui agit au Nom du Christ pour rassembler, envoyé par l’évêque, successeur des apôtres, et pour consacrer, permettant à l’assemblée de devenir ce qu’elle reçoit : le Corps du Christ ; l’importance de la beauté de l’Eucharistie ; l’humble et légitime fierté d’y inviter parents et amis même éloignés du Seigneur et de son Église.

11) Conclusion
Pourrions-nous dire, frères et sœurs, comme les 49 martyrs d’Abitène, en 304 en Tunisie, « sans le dimanche nous ne pouvons pas vivre » ? Aux interdits de l’empire romain ont succédé aujourd’hui l’indifférence et le sécularisme. Quelle Eucharistie allons-nous proposer, comment et à qui ?
Pourrions-nous dire, frères et sœurs, comme St Ignace d’Antioche au 2e siècle que les chrétiens sont “ceux qui vivent selon le dimanche” (iuxta dominicam viventes).
Pourrions-nous chanter, frères et sœurs, le psaume 116 ? : « Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’Il m’a fait ? » Et le psalmiste poursuit en prophétisant l’Eucharistie : « J’élèverai la coupe du salut, … j’offrirai le sacrifice d’action de grâce … devant tout son peuple ».
La plus grande de joie de ma vie de prêtre, après 17 ans, est de permettre au Seigneur de vous rassembler pour l’Eucharistie dominicale festive et d’y inviter tant de frères et sœurs qui se jugent loin de Dieu. Je souhaite cette joie – avec les croix qui l’accompagnent – à tous les jeunes qui s’interrogent pour devenir prêtres diocésains, ces prêtres de base chargés de bric et de broc, envoyés au tout venant. Je rend grâce à Dieu pour tous ces prêtres diocésains qui nous ont précédés et ces générations de chrétiens qui nous ont transmis la beauté et la grandeur de l’Eucharistie, tous ceux qui ont fait de leur vie une vie eucharistique, une vivante offrande à la louange de la Gloire du Père.

 

Vincent Di Lizia + Curé, pasteur de la communauté - Octobre 2005