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Saint-André de Reims Paroisse et communauté étudiante
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L'été
? Mettre à neuf les batteries en famille
Lettre Pastorale de l'été 2004. Père D. Di Lizia, curé à Saint André, à la communauté étudiante et à l'établissement catholique Saint André Rogelet |
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Dieu dit : " J'ai
vu, j'ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte. J'ai entendu son
cri devant ses oppresseurs; oui, je connais ses angoisses. Je suis descendu
pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter de cette
terre vers une terre plantureuse et vase, une terre qui ruisselle de lait
et de miel. " Chers amis, en vous souhaitant un bel été, je porte dans mon cœur et ma prière chacune de vos familles. En union avec tous les éducateurs, tous les parents, tous les catéchistes, je rends grâce à Dieu pour cette année et pour ces semaines d'été où tant de changements adviendront. Le ralentissement des rythmes de travail, les voyages, les visages, les croissances des plus jeunes, les maladies, les mariages et les communions, les événements dans le monde : tout cela nous rend plus sensibles à la vie, et à travers elle, à la vie éternelle que Dieu donne gratuitement. Le passage du livre de l'Exode, en tête de cette lettre, nous montre comment Dieu aime chaque homme, combien Il l'a vécu en Jésus Sauveur et combien il veut le vivre aujourd'hui dans chaque famille. Comment " recharger les batteries " de nos familles en cet été ? Comment profiter du temps pour régénérer ce qui parfois n'est qu'un champ de bataille ? Comment permettre à l'amour d'avoir le premier et le dernier mot en toute chose ? Contemplons les quatre attitudes d'amour de Dieu en ce texte. 1) Dieu a vu la
misère Cela nécessite la vigilance pour voir les vraies misères, comme Jésus qui, au milieu de la foule, voit les aveugles, les estropiés, les boiteux pour les guérir. Avons-nous repéré les rentrées d'argent parallèles de nos enfants, les baby-sittings au noir pour s'offrir les drogues, les boissons destructrices, les boites de nuit orgiaques (même pour les mineurs, ça existe !) ? Avons- nous vu la misère de la prostitution des jeunes et des attitudes suicidaires au volant ; les émissions scabreuses de reality-show, les derniers films ? Avons-nous lu les critiques, en avons-nous parlé entre adultes et avec les jeunes ? Savons-nous ce que l'on va voir en nos lieux de vacances ? Le verrons-nous ensemble, ou fermerons-nous les yeux ? Quand Dieu voit la misère de l'homme, il la voit avec miséricorde, mais il la voit avec réalisme, en face, totalement, en adulte, en parent qui met au monde et qui re-met au monde en permanence. 2) Dieu a entendu
son cri Nous pourrions également mieux apprendre le langage des plus jeunes (qui évolue sans cesse), leurs modes, leurs codes de conduite, afin de les mieux comprendre. Il en va de même pour les plus âgés qui, insensiblement mais sûrement, approchent du grand passage avec " notre sœur la mort " (saint François d'Assise). Entendre le cri des enfants, c'est les valoriser, sans chercher à répondre, à se justifier, à endoctriner. C'est trouver le moment le plus juste pour donner une parole de vie, quitte à ce qu'elle soit (apparemment) rejetée. Entendre le cri des enfants, c'est rester attentif à toute réaction même anodine, c'est emmener chacun au restaurant en tête-à-tête une fois dans l'été. C'est jouer, blaguer avec lui. C'est souffrir de sa souffrance, tout en restant solide et adulte. 3) Dieu connaît
les angoisses Pour connaître les angoisses des plus jeunes, il faut participer à la vie de l'établissement scolaire, rencontrer les éducateurs, les catéchistes; il faut valorises ceux-ci, ne pas médire d'eux sur le trottoir et devant les enfants. Connaître, c'est échanger avec de bons thérapeutes, s'il le faut. Connaître, c'est aussi s'engager et engager les enfants (délégués de classe, services, spécialement auprès des plus pauvres). Connaître, c'est s'informer, lire, échanger. A propos, quelles sources d'information entrent dans nos familles ? Quel temps passons-nous à table ? L'été est propice à cette connaissance, à voir grandir les enfants, à échanger entre générations diverses, spécialement avec les aînés riches de leur sage expérience, même si leurs capacités physiques et morales sont diminuées. Connaître, c'est s'intéresser à l'emploi du temps des enfants. Est-il géré pour plus d'amour ? La gestion de l'été est souvent révélatrice de ce qui se passe durant l'année... Bourrer l'été de mille trajets, de mille rencontres (superficielles), ou de travaux " forcés " afin de se payer plus d'indépendance (et non d'autonomie réelle) pendant l'année, passer ses vacances entre copains à 13-15 ans, laisser l'appartement aux jeunes livrés à eux-mêmes : tout cela ne construit rien, surtout pas la liberté. L'été, c'est du temps pour soi (le repos, c'est sacré), du temps pour les autres, du temps pour Dieu. Aux parents d'équilibrer au mieux, de motiver. Toujours sans stresser et avec humour. Pour connaître, il faut du temps. Si la carrière passe avent les enfants, si le " boulot " passe avant les enfants, si le confort et le dieu argent passent avant les enfants, on ne connaîtra que l'idole de soi-même. L'été est peut-être l'occasion de revoir toute sa vie, et pour certains de changer de cap. " Seules les mules ne changent pas " disait un pauvre dans le film " Hiver 54 " de l'abbé Pierre. Connaître, dans la Bible est synonyme " d'aimer ". Connaître les enfants et les voir grandir, ce n'est pas les inspecter comme un hélicoptère vrombissant autour d'un champ de bataille. Connaître, c'est aimer, chercher à comprendre, avec lucidité et responsabilité, fermeté et diplomatie, avec cœur tout simplement. Connaître, c'est d'intéresser à la vie affective des adolescents, avec discrétion, parfois avec fermeté. Certaines sorties et certaines fréquentations sont de toute façon malsaines. Il faut le dire. On doit se réjouir des cœurs qui s'éveillent et parler très tôt des corps qui s'excitent. C'est toute une personne qui s'offre à un autre ; c'est mieux d'attendre le oui de l'engagement. L'été est propice à parler de l'éducation affective, à évoquer les premiers amours, à les purifier, à inviter la tête à fonctionner avec le cœur et le corps. On ne couche pas avec le premier venu. Car l'union des corps va avec l'union des cœurs et des volontés. Tant qu'on ne dit pas oui pour la vie, et qu'on dit oui avec le corps, on est assis entre deux chaises. Si ça casse, c'est terrible (et hélas fréquent). Avec humour et fermeté, les parents doivent le rappeler. 4) Dieu est descendu
Nous avons vu l'importance de voir, d'écouter, de connaître. Mais il fait agir, ne pas démissionner. L'enfant a besoin de ses parents en tant que parents. La plupart, mariés à l'église ont dit " oui " à la question : " Acceptez-vous le responsabilité` d'époux et de parents ? " L'été peut être propice à se remettre à la tâche. Agir, c'est cultiver l'enthousiasme des enfants, s'intéresser à leurs joies, discerner leur avenir, pas seulement leur profession ou leur orientation mais aussi leur vocation chrétienne, leurs passions. Agir, c'est être responsable. Si vous êtes mariés chrétiennement et si vous avec baptisé vos enfants, vous avez reçu beaucoup de Dieu et devez agir en conséquence. Soyez cohérents. Les enfants apprécient les parents cohérents (même s'ils ne partagent pas toujours leur point de vue). Les jeunes se demandent souvent comment témoigner de la foi auprès des autres ou dans la famille quand les parents s'y opposent (alors qu'ils les ont mis à l'école catholique et conduits à la communion). Ils se demandent comment prendre du temps pour la prière et le service des autres alors qu'autour d'eux, amis et enseignants leur disent de consacrer toutes les énergies à assurer l'avenir ? Agir, c'est croire que les jeunes ont un questionnement profond et sérieux, marqué par la crainte de manquer leur vie. Agir, c'est repérer nos inconséquences d'adultes envers les jeunes. " Nous voudrions, écrit Mgr Vingt Trois, archevêque de Tours, qu'ils réussissent leur vie et nous hésitons à leur donner les moyens de le faire. Comment puis-je les appeler à devenir témoins du Christ, quand tant d'adultes autour d'eux sont entrés plus ou moins dans un christianisme caché et muet, parfois honteux ? Comment les convaincre que la foi est une chance pour leur vie, alors que beaucoup de chrétiens qu'ils connaissent s'efforcent de vivre comme si la foi était un luxe superfétatoire ou une activité de loisir ? " L'été est propice à sortir la foi chrétienne hors de notre vie privée. Les jeunes ont soif d'une vraie foi, pas d'un humanisme à l'eau de rose. Je cite encore l'archevêque de Tours : " Allons-nous continuer longtemps à nous taire dans nos familles, les époux l'un envers l'autre, les parents à l'égard de leurs enfants, les frères et les sœurs les uns par rapport aux autres ? Accepterons-nous longtemps que notre foi soit considérée comme une anomalie sociale qu'il nous fait cacher pour ne pas poser parmi les hommes les questions qui les gênent ? Pouvons-nous longtemps nous dire chrétiens en vivant comme si Dieu n'existait pas ? Voilà l'objet raisonnable de nos véritables craintes : c'est renier Dieu devant les hommes. " Agir, cet été, c'est mettre sa foi en acte, si petite soit-elle. En famille, c'est prendre des décisions concrètes pour agir avec elle l'an prochain, dès la rentrée. La première église, c'est la famille, si modeste et si blessée fut-elle. Si vous attendez que l'établissement scolaire catholique, l'aumônerie de la paroisse soient l'Église sans l'être chez vous, vous serez vite consommateur d'un service public qui ne.... saura même pas pourquoi il existe, car vous aurez renié Dieu lui-même. Au terme de cette lettre, je voudrais vous dire combien Dieu vous aime. Vous ne pouvez pas l'imaginer ! Face à cela, nous ne devons pas rester anesthésiés. Toutes les questions de l'éducation et de la famille ne sont qu'une goutte d'eau face à l'Océan de l'amour divin. Les saints, même peu nombreux, sont plus puissants que tous les événements tordus et toutes les blessures. L'été qui vient peut être propice à réveiller nos familles, à les orienter vers le Bien et vers l'Amour, à prendre des décisions concrètes. Que la lettre de l'apôtre Paul aux Ephésiens (chap. 6, versets 1-4), toujours actuelle, traduise au cœur de chacun les sentiments de Dieu. " Vous les enfants, obéissez à vos parents dans le Seigneur, c'est cela qui est juste : honore ton père et ta mère, c'est le premier commandement assorti d'une promesse : ainsi tu seras heureux et tu auras longue vie sur la terre. Et vous, les parents, ne poussez pas à bout vos enfant, mais élevez-les en leur donnant une éducation et des avertissements inspirés du Seigneur. " De grand cœur, bon été avec le Seigneur. |
P. V. Di Lizia Curé, pasteur de la communauté, juin 2004