
24 et 25 décembre 2003 - Nuit et jour de Noël
Homélie à St-André de Reims
Isaïe
62, 1-5 Psaume 88 Actes 13, 16-25 Matthieu 1, 1-25
On te nommera d'un Nom
nouveau" proclame le prophète Isaïe dans la première lecture dans la Bible,
cela veut dire que tu vos devenir un être nouveau. Voilà la belle nouvelle de
Noël : tu es appelé à devenir nouveau, à l'image de Jésus, l'homme nouveau par
excellence.
Jésus est vraiment Dieu
et vraiment homme. Il est surtout l'homme nouveau car il est le Seul Saint,
sans péché, nous montrant ce qu'étaient le premier homme et la première femme
avant le péché originel, au paradis. Dans l'Évangile, Matthieu nous dit que
le nom de Jésus signifie : "Dieu sauve des péchés" car, sans péché, et venu
dans notre monde pécheur, il se laisse toucher et il guérit en prenant sur lui
le poids de nos péchés. Nous avons pris l'habitude de penser que le péché et
le mal sont une fatalité et qu'on n'y peut rien, que l'homme est un loup pour
l'homme, que la norme c'est l'homme pécheur, que, finalement, c'est normal.
Voilà la désespérance fondamentale qui nous habite. Or la norme, c'est l'homme
sans péché, c'est l'homme nouveau qui convertit son cœur grâce à Dieu, c'est
l'homme qui décide la nouveauté.
Jésus vient en ce monde
engendré par l'Esprit Saint, totalement obéissant au Père, et il nous rend libre
grâce à cette obéissance à l'Amour, alors que nous sommes esclaves du péché
et que nous le trouvons même normal. Jésus, Dieu fait homme, petit enfant né
d'une femme, se dépouille de sa volonté propre pour épouser totalement celle
de Dieu et même celle des hommes, hormis le péché.
- Oui, Jésus est cet
homme nouveau que tu as relégué dans la sphère des illusions, des utopies
et des mondes inaccessibles. Alors qu'Il vient pour te rendre nouveau, dans
cette lutte contre le péché.
Jésus vient nu, revêtu de notre chair, totalement rempli de l'Esprit Saint,
avec un seul signe ostentatoire : être nouveau, sans péché, amour livré :
ceci est mon corps livré pour vous.
Pas besoin de signes ostensibles ni de marques ostentatoires. Dieu se fait
vulnérable la figure de Mère Teresa, béatifiée cette année, universellement
reconnue, nous l'a montré. Alors se réalise la prophétie de la l' lecture
d'Isaïe : "Tu seras un diadème royal et une couronne resplendissante entre
les mains de ton Dieu".
Le monde a soif d'hommes nouveaux décidant de rompre avec le péché, la haine,
l'orgueil, le repli sur soi, la désespérance, la plainte, l'injustice, l'indifférence.
Marie, Eve nouvelle, n'a pas enfanté du vent ; Elle a mis au monde le Verbe
Dieu, car elle était remplie de l'Esprit Saint et de se Parole. L'Eglise,
les chrétiens doivent donner au monde des êtres nouveaux crédibles, remplis
de l'Esprit Saint et de Jésus ; le cardinal de Lyon disait à ce sujet qu'il
faut pour cela éteindre la télévision et allumer l'Évangile.
- Mais Pour être un
homme nouveau, tu dois accueillir la nouveauté de Dieu que montre et donne
Jésus Lui-même.
Quel Dieu veux-tu recevoir à Noël, quel Dieu attends-tu, quel Dieu t'attends-tu
à rencontrer en venant ici ? Regarde bien la crèche.
Tu t'attendais à recevoir un Dieu qui efface les soucis et rend la vie lisse
? Tu reçois un enfant né en plein voyage de recensement dans un pays occupé
par la tyrannie romaine.
Tu t'attendais à un Dieu puissant, pompier, gendarme, chef, planifiant et
organisant tout ? Tu reçois un enfant faible, qui mettra le temps qu'il faut
pour grandir dans le silence des 30 ans cachés à Nazareth. Tu t'attendais
à un Dieu qui te donne une Église selon tes idées, avec certaines écoles choisies
et sélectionnées,, une Église selon ton milieu et avec des gens qui ont le
même mobilier que chez toi ? Tu reçois un enfant démuni entre un âne et un
bœuf, une famille hors norme où le père n'est pas le vrai père et où la mère
a failli être rejetée par son mari.
Tu t'attendais à un Dieu immortel, soft et sans souffrance, sage et pondéré,
chimiquement pur et maintenu à température constante par des prêtres druides
et sans consistance ? Tu reçois un enfant qui apprendra la souffrance, le
martyre du sang, la condamnation à mort avant sa Résurrection paradoxalement
aussi flagrante que discrète.
Tu t'attendais à un Dieu qui donne des lois et une bonne sagesse pieuse qui
ne fait de mal à personne ? Tu reçois un enfant qui dit à sa famille que notre
vrai Père est Celui du Ciel.
Tu t'attendais à un Dieu qui promulgue des lois pour que tout soit enfin clair
pour tout le monde ? Tu reçois la miséricorde gratuite pour les pécheurs que
nous sommes tous.
Tu t'attendais à un Dieu qui soit évident, qui fait croire en Lui dès
le berceau, qui confond la foi et les évidences ? Tu reçois un enfant qui
provoque la foi de Marie et de Joseph, qui les met en crise profonde, et qui
demande une adhésion libre et non une attitude logique "croyant de père en
fils".
Tu t'attendais à un Dieu d'évasion, qui te fait chaud au cœur quand tu en
as envie, qui correspondrait à ce que tu ressens ? Tu reçois un enfant, prince
de justice pour construire la justice sur l'amour.
Tu t'attendais àun Dieu jeune et beau, superstar et supercool ? Tu
reçois une salle d'accouchement d'urgence, pas franchement aseptisée ; tu
reçois les premiers concernés par la venue de cet enfant : le vieux Syméon,
la vieille et noble Anne de 84 ans, la vieille Élisabeth stérile, bref le
3" âge auquel Dieu s'intéresse en premier dans la canicule du Moyen Orient.
Tu t'attendais à un Dieu pas trop dérangeant, pour la naissance, la puberté,
le mariage, la communion et les funérailles ? Tu reçois un enfant qui veut
te faire croquer d'amour chaque instant de tu vie.
Tu t'attendais peut-être à un Dieu des produits finis, empaquetés au pied
du sapin Tu reçois Jésus, homme nouveau, matière première, et toi-même, matière
première à travailler par l'Esprit Saint.
Finalement, tu t'attendais à un Dieu infantilisant, bricolé et rafistolé avec
les signes ostentatoires de discours vaseux, oiseux, d'attitudes qui n'ont
plus rien à dire au monde ? Tu reçois un enfant qui te responsabilise, qui
te rend gratuitement ta dignité de fils de Dieu, qui, dit-il à 12 ans, se
doit d'être aux affaires de son Père, qui est venu tout rénover, qui attend
ton adhésion totale dans l'amour, alors qu'Il frappe discrètement à la porte.
Quel Dieu invites-tu ce soir ? À quel Dieu t'attends-tu ? Jésus semble nous
dire Dis-moi qui tu invites et chez qui tu vas et je te dirai qui tu es !
- Mais comment devenir
un homme nouveau ? L'Évangile nous fournit quelques étapes à ne pas manquer.
L'Évangile nous dit que Marie est accordée en mariage à Joseph, tout comme
Isaïe en première lecture, parle des Noces de Dieu avec l'Humanité. Devenir
un homme nouveau, c'est déjà découvrir que le rapport avec Dieu est un rapport
nuptial, amoureux ; que le rapport avec les autres est un rapport d'amour
toujours renouvelé.
L'Évangile nous dit aussi que Marie est maman avant d'habiter avec Joseph.
Cela évoque la présence de Dieu avant même que tu t' en doutes, que tu ne
t'y intéresses, que tu ne l'envisages... L'homme nouveau est déjà façonné
en toi, qui que tu soit ; seul le regard de Jésus le voit en vérité.
L'Évangile nous évoque le désir de Joseph de rejeter Marie en secret. Devenir
homme nouveau est un combat ; tu refuses, tu hésites, tu peux même être juste
et religieux comme Joseph, sans pour autant devenir neuf.
Il y a aussi l'ange et le songe de Joseph. Devenir homme nouveau est une œuvre
de l'Esprit Saint d'abord. Il faut du temps, de Ici solitude, des arrêts,
de la prière , nul ne peut renaître sans l'Esprit Saint. À la crèche, la nouveauté
est possible grâce à l'Esprit Saint qui habite les anges, Marie, Joseph, Jésus,
les bergers et les mages. Peut-être manque-t-il souvent un santon à nos crèches
: l'Esprit Saint...
Enfin l'Évangile évoque le mariage de Marie et de Joseph, en écho au livre
d'Isaïe la jeune mariée fait la joie de son fiancé. L'homme nouveau, dit Isaïe
fait la joie de son Dieu. Jésus le rappellera : il y a plus de joie dans le
ciel pour un seul cœur converti que pour 99 justes qui n'aient pas besoin
de conversion. Voilà l'homme nouveau : celui qui fait la joie de Dieu, celui
qui porte la joie de Dieu. Quelle belle mission au cœur du monde.
- Voilà donc quelques
parcours pour devenir hommes nouveaux. Cela est permis à tous, est à la
portée de tous, de toi, de moi. Et ce n'est jamais fini. Car Dieu est toujours
neuf. St Grégoire de Nysse l'écrivait déjà dans les premiers siècles :
"Ainsi en va-t-il de celui qui contemple la beauté infinie de Dieu. Quand
il découvre que ce qu'il voit est toujours plus nouveau et plus étonnant que
ce qu'il a déjà perçu, il admire ce qui lui apparaît sans cesse , mais le
désir de voir ne le quitte pas, car ce qu'il attend est encore infiniment
plus magnifique et plus divin que ce qu'il a contemplé. C'est donc pourquoi
tu vos de surprise en surprise, d'étonnement en étonnement, sans que jamais
ton désir de contempler ne s'arrête à ce que tu connais.
Sainte Nuit de Noël
2003.
Amen.
P. Vincent
Di Lizia, Curé, pasteur dé la Communauté