Dimanche 21 décembre 2003 - 4ème dimanche de l'Avent
Homélie à St-André de Reims

Michée 5, 1 - 4 Psaume 79 Hébreux 10, 5-10 Luc 1, 39-45

Notre méditation de l'Avent sur ce qu'est un prophète de nos jours nous place devant le prophète par excellence : le Christ Jésus.

À quelques jours de Noël, nous nous préparons à être prophètes au milieu de nos frères, de nos repas de familles, des queues chez les commerçants, des halls de gare lors des voyages, des visites chez les malades ou les personnes âgées.

Oui tu es appelé à être prophète ; la lettre aux Hébreux nous en donne le secret de fabrication : "Nous sommes' sanctifiés grâce à l'offrande que Jésus Christ a faite de son corps, une fois pour toutes".

1) Le prophète fait l'offrande de son corps.

Jésus n'a pas rajouté des préceptes et des lois, il le dira lui-même. Il est venu accomplir totalement la loi d'amour de Dieu. Toute son action prophétique réside dans l'offrande de son corps, lors de sa vie terrestre, et après jusqu'à la fin du monde, l'Incarnation dans le sein de Marie, premier anéantissement de Dieu dans la chair humaine, les lents apprentissages alors qu'il n'en aurait pas eu besoin : parier, marcher, prier, manger, écouter, discerner, obéir ; l'offrande de son corps, c'est aussi l'immersion dans le monde des pécheurs ; il a été fait péché pour nous, dit Paul, se laissant toucher par tant d'exclus, de blessés et de pécheurs.

L'offrande de son corps, c'est le partage de vie, jour et nuit, avec douze apôtres et quelques femmes si différents les uns des autres, si prêts à le trahir et qui ont reçu toute son amitié car, tout ce qu'il a reçu de son Père, il le leur a donné, dit Jésus en St Jean.

L'offrande de son corps, c'est toute l'énergie divine qui en est sortie pour guérir, ouvrir, ressusciter, pardonner.

L'offrande de son corps, c'est d'avoir vécu toutes les tentations (résumées au désert) sans péché ; l'offrande de son corps, c'est l'agonie à Gethsémani et la Passion au milieu des pires criminels, jusqu'à la mort de la croix ; l'offrande de son corps, c'est la Résurrection si discrète (personne ne l'a vue en direct) et si puissante : désormais au ciel, la chair humaine est représentée et présente par Jésus et par Marie, s'offrant pour nous devant le Père.

L'offrande de con corps, c'est l'Eucharistie que nous célébrons, car il a promis d'être avec nous tous les jours, de faire mémoire de cela, de livrer son corps et son sang à chaque fois.

C'est un acte unique qui se déploie dans le temps. La chair de Dieu est notre chair ; la vie de Dieu est notre vie.

Devenir prophète en ce temps de Noël, c'est déjà contempler l'unique grand prophète, le Christ Jésus ; son seul signe crédible, c'est son corps offert par amour. Sa seule tunique sans couture, dira St Augustin, c'est sa chair, c'est-à-dire notre chair. Voici le seul signe ostentatoire crédible en notre temps. La lettre aux Hébreux est claire, on peut rajouter toutes les expiations, tous les sacrifices, tous les vêtements, croix, kippa, foulard et autres choses, c'est l'offrande de ton corps par amour qui sera le signe prophétique par excellence. Contre une telle chose, dit la lettre de Paul aux Galates, il n'y a pas de loi, car c'est le fruit de l'Esprit Saint.

2) Le prophète est rempli de l'Esprit Saint.

Voilà la personne divine la plus invisible en apparence. A quelques jours de Noêl, l'Esprit Saint rend Élisabeth prophète, Jean Baptiste prophète, et chacun de nous prophète, s'il le veut bien. Paul dit bien que c'est l'Esprit Saint qui fait de nous des fils à l'image du Fils unique, c'est-à-dire des prophètes à son image. Il n'a jamais été à la mode de dépendre de quelqu'un, d'être obéissant, d'être frère des autres, d'être "en-dessous" ; alors voilà la véritable prophétie : l'Esprit Saint te donne d'être fils par amour et de fabriquer des frères et des. soeurs à Jésus, par amour. Cette prophétie se réalise dans une grande discrétion : le petit Jean Baptiste et le petit Jésus bougent dans le sein de leurs mères : personne ne les voit. La scène se passe dans un village perdu de la montagne de Judée, au milieu des risques que courent une femme enceinte comme Marie et une femme âgée et enceinte comme Élisabeth. Élisabeth, qui ne savait rien de l'aventure de Marie, prophétise qu'elle est la Mère du Sauveur, parce qu'elle est remplie de l'Esprit Saint.

Voilà l'oeuvre du prophète rempli de l'Esprit Saint, Il ne donne pas d'abord une loi ou un message à appliquer. Il court vers le monde C'ta mère de mon Seigneur vient à moi", Marie figure de l'Église évangélisatrice) pour qu'il ' s'exclame que son Sauveur habite en lui ("l'enfant a tressailli au dedans de moi", dit Élisabeth, figure du monde, visité par l'Église). Car l'Esprit Saint a été répandu sur toute chair, car toute chair est présentée à Dieu par le Verbe qui a pris cette chair désormais au Ciel depuis l'Ascension.

Être prophète à Noêl, c'est approcher avec joie nos frères et soeurs soi-disant loin de Dieu, afin que, remplis de l'Esprit Saint, nous puissions, en les aimant comme Jésus et comme Marie envers Élisabeth, leur montrer que Dieu habite ce monde dans sa chair, que Dieu n'est pas loin de nous, que Dieu est amour, que la vie est un enfantement à l'amour et un enfantement de l'amour.

Le seul signe ostentatoire de Noël ne sera pas pour certains de participer à la messe pour rester proche de leur famille, ce sera de servir, de parler de Dieu rempli de l'Esprit Saint, de vivre une forme certaine de martyre, car le martyre est le signe ostentatoire par excellence ; il est semence de chrétiens, disait Tertullien.

3) Le Prophète est prophète dans toutes ses énergies.

l'Évangile nous donne quatre modèles de prophètes selon le coeur de Dieu : Marie, Élisabeth, Jésus et Jean Baptiste. Tous expriment et donnent la vie divine avec toutes les fibres de leur corps, car notre personne, c'est notre corps. Ainsi Marie qui, ayant reçu l'annonce de l'extraordinaire maternité de sa cousine par l'ange Gabriel, se précipite chez elle. Elle réfléchit, veut vérifier et veut rendre service à sa parente avancée en âge. Voilà la raison et le service avec les mains qui se mettent en route, et prophétisent.

Ainsi Élisabeth qui crie de joie après avoir entendu la salutation. L'ouïe et la langue prophétisent aussi. Ainsi Jean Baptiste et Jésus dont les chaînes d'ADN viennent à peine d'être formées, prophétisent, encore muets, par leurs jambes et leurs poings fermés contre le sein maternel, comme le prophétise le psaume 8, "par les enfants et les tout-petits", Dieu se manifeste.

Ainsi encore Élisabeth qui met au monde, dans cet acte de parturition si merveilleux. Ainsi encore Marie qui a cru ; la foi, acte prophétique du coeur et de l'âme. Un texte ancien de la liturgie syriaque dit que l'homme devient prophète lorsque le Verbe, la Parole de Dieu entre en lui, touche toutes les fibres de son être, et en ressort Verbe Incarne comme pour Marie : le prophète incarne la Parole divine pour les autres, par amour de Dieu et des autres ses frères.

Voilà : toutes les fibres de l'être du prophète sont monopolisées pour que Dieu passe, car l'Amour, comme Jésus nous a aimes, passe par toutes les fibres, sans retenue. Là encore, aucun signe ostentatoire n'est requis. Il risque même de faire obstacle, puisque l'amour est prophétique s'il ne connaît pas de retenue et d'obstacles. C'est un amour universel et total, divin et éternel.

Voilà, frères et soeurs, la merveille que nous donne la Parole de Dieu à quelques jours de Noël. Nous sommes appelés à être des prophètes crédibles là où nous vivrons Noël, sans juger le monde et sans le haïr, mais en restant crédibles et en aimant. Soyons prophètes en offrant nos personnes, en étant remplis de l'Esprit Sain , en mettant en oeuvre toutes les fibres de notre être pour aimer.

Sainte préparation à tous, dans la joie de Marie et d'Élisabeth.

Amen.

P. Vincent Di Lizia, Curé, pasteur dé la Communauté