L'Exaltation de la Sainte Croix - dimanche 19 octobre 2003
Homélie à St-André de Reims

Médecins catholiques -Journée des missions - Envoi en mission des différents ministères paroissiaux
Ouverture du mois de la vie
25 ans de Pontificat de Jean-Paul II
Béatification de Mère Teresa
1ère préparation au sacrement du mariage pour les fiancés

Lectures bibliques : Isaïe 53, 10-11 Psaume 32 Hébreux 4, 14-16 Marc 10, 35-45

La demande des fils de Zébédée traduit leur impatience à siéger
tout près de Dieu dans la gloire, de ne voir que l'ultime terme de la vie éternelle et d'en être les meilleurs bénéficiaires, au risque d'oublier la vie
présente qui en est la nécessaire préparation et l'anticipation. Jésus répond clairement par l'annonce de se passion d'amour et de sa souffrance :
la coupe à boire et le baptême dans lequel il va être plongé. Voilà le don de sa vie qui est service de l'humanité. Jésus va souffrir, mourir, puis ressusciter.
Mais on a l'impression d'un dialogue de sourds : d'un côté, Jacques et Jean et nous-mêmes logiquement préoccupés par la vit sans problème et sans mort,
y compris dans l'éternité, et de l'autre Jésus qui, non seulement parle de sa souffrance mais qui en fait le chemin pour la vie de la "multitude des hommes".


En ce jour, nous voudrions méditer sur ce qu'est la vie de l'homme habitée par Dieu, la vie et la souffrance, la vie traversée par la mort. C'est le début
du mois de la vie dans quelques jours, avec une série de manifestations paroissiales pour promouvoir la vie. C'est aussi la journée des missions, l'envoi en
mission des frères et soeurs exerçant un ministère dans la communauté ; c'est aussi la joie d'accueillir les médecins catholiques, les couples qui se
préparent au sacrement du mariage, sans oublier les 25 ans de Pontificat de Jean-Paul II et la Béatification de Mère Teresa. Un feu d'artifice de
la Vie pour que nous la vivions pleinement à tout âge, de la conception à la mort naturelle et dans l'au-delà.

1) Le grand prêtre que nous avons, Jésus Christ, n'est pas incapable de partager nos faiblesses ; en toutes choses, il n'a pas connu
l'épreuve comme nous et il n'a pas péché (Hébreux 4, 2e lecture)

Le Christ Jésus, vrai Dieu et vrai homme, peut faire le lien entre Dieu et nous - c'est le sens du mot grand prêtre - jusque dans la souffrance.
La maladie, malgré tous les progrès, reste la maladie d'une personne humaine soignée par des personnes humaines. Et une maladie, c'est une agression
qui s'intègre dans l'histoire d'une personne ; sa gravité ne se mesure pas seulement avec des paramètres scientifiques vérifiables. Hélas, nous
pensons le corps comme une machine ; ses ennuis se résolvent avec la maintenance, les pièces de rechange, l'énergie énorme déployée lorsqu'elle
est vieille (pensons aux automobiles de collection) ; or la maladie West pas une panne, une défaillance de l'objet mécanique "corps" que l'homme
fabriquerait et maîtriserait ; la maladie n'est pas un accroc de santé qu'on va arranger. Elle sous-entend l'issue fatale qui est la maladie dont on
ne guérit pas, la mort. La maladie ne dispense jamais de la mort, même si elle doit être soignée avec compétence. Par elle, nous faisons l'expérience
existentielle de la mort, par anticipation, car elle est un simulacre de la mort, une menace sur la vie. Comment, malade, je vis mon état ?
Comment, médecin, je considère le malade

Le livre d'Isaïe (1e lecture, chap. 53) en parlent de Jésus, annonce que le juste souffrant "a fait de sa vie un sacrifice d'expiation, il prolongera
ses jours, par lui s'accomplira la volonté du Seigneur". Dieu n'ignore pas que la vie passe par l'épreuve. Avoir conscience de la mort ne paralyse pas
mais témoigne de la grandeur et de la transcendance de l'homme ; si l'homme perd la conscience qu'il est destiné à mourir, il perd son ouverture
à la vie et au service de ses frères. Il vit dans le "sauve qui peut", dans l'écrasement des autres pour avoir la meilleure place, y compris au ciel comme
le voulaient les f ils de Zébédée. Bien sûr, nous ne courons pas après la maladie et la mort. Mais l'idée de se savoir mortel provoque une telle fuite
qui devient obsessionnelle de nos jours.

Nous le ressentons douloureusement dans l'épreuve de la vieillesse et de la maladie incurable au coeur du débat sur l'euthanasie, récemment mis en
lumière dans l'affaire de ce jeune de l'hôpital de Berck. À travers l'euthanasie, l'homme veut se rendre maître de sa mort ; mais en même temps,
il perd sa maîtrise sur la mort et sur la vie ; l'homme récuse sa vie et sa mort. Mère Teresa, béatifiée aujourd'hui, a passé sa vie et se grande vieillesse
à accompagner des mourants privés de tout ; Jean-Paul II donné "hors service" depuis pas mal d'années, n'a en tout cas pas chômé ni endormi l'Église
et le monde. Dans la 2" lecture, la lettre aux Hébreux nous a dit : "Avançons-nous donc avec pleine assurance vers le Dieu tout-puissant qui fait grâce,
pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours." La vraie dignité de l'homme se dévoile dans sa volonté de vivre jusqu'au
bout, sans claquer la porte et sans qu'on la lui Claque au nez, même poliment et médicalement. Hans Urs von Balthasar, un grand théologien, a écrit :
"La conscience que nous mourrons un jour ne doit nous conduire ni à nous décourager ni à nous étourdir, mais à donner dès aujourd'hui notre vie à
l'exemple du Christ, afin de savoir nous laisser prendre au dernier jour."

2) Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner se vie en rançon pour la multitude. (Évangile du jour - Marc 10, 45) Toute notre attitude devant la maladie et la mort est liée 'à notre foi. Comment Dieu permet-il de telles épreuves ? Notre recul devant la mort met
en lumière la façon dont nous vivons quotidiennement à la suite de Jésus, au service de nos frères. La foi est l'élément capital pour vivre la maladie
et la mort, la souffrance et les épreuves. "Tenons ferme dans l'affirmation de notre foi" répète la lettre aux Hébreux (2e lecture).

Une personne très âgée que je visitais, se sentait inutile ; son mari avait travaillé dans la chauffagerie ; je lui ai dit qu'elle était le ballon d'eau
chaude de la paroisse et que j'étais le tuyau transportant son eau chaude (grâce à sa prière et à son offrande) auprès des autres : elle fut marquée
à vie par ce que l'Esprit Saint m'avait soufflé ; à l'inverse, une autre personne âgée que je visitais et à qui je confiais que j'étais un peu débordé
pour aller la voir, me dit : "Il n'y a que les cruches qui débordent' : je suis marqué à vie par cette parole.

L'acceptation de la mort transforme la mort, même si cela passe par l'angoisse et la résistance ; pour le chrétien, la mort, c'est s'endormir dans le
Christ. Plus précisément, il y a 2 morts : la mort biologique (Jésus dira que c'est une maladie et non une mort, en s'approchant de Lazare) nécessaire
pour passer de la vie charnelle à la vie spirituelle, et la mort éternelle, la seconde mort qui est l'éloignement de Dieu. La médecine affronte la première
non pas pour nous en dispenser mais pour la vivre correctement et en vérité, n'en déplaise à tous ceux qui veulent cacher la mort.

Si Jésus est venu servir et donner sa vie en rançon pour la multitude, c'est, comme l'écrit Paul, afin que, si nous mourons avec Lui, avec Lui nous vivrons,
si nous souffrons avec Lui, avec Lui nous régnerons (2 Timothée 2, 11-12). Le médecin, et spécialement le médecin qui refuse l'euthanasie (nous ne parlons
pas ici de l'acharnement thérapeutique qui est aussi une euthanasie spirituelle) utilise sa compétence et son savoir-faire pour mettre l'homme sur le
chemin de la VRAIE guérison. '*Ce que vous aurez fait au plus petit de mes frères, c'est à moi que vous l'aurez fait." (Mt 25) 3)

Broyé par la souffrance, le Serviteur a plu au Seigneur, ... il prolongera ses jours. (Isaïe 53, 1" lecture)
Ce serviteur, c'est Jésus. C'est le disciple de Jésus aussi. C'est cette personne âgée, diminuée, que l'on traite de "légume", que l'on abandonne et
que l'on a enterrée en esprit. Or, la durée de la vit trouve sa plénitude dans le présent de Dieu, dans la communion de chaque instant avec l'éternité
de Dieu. "Le temps de la vie, écrit le Cardinal Lustiger, est le temps de la liberté qui donne sens à la vie". Le sursis pour mourir est une chance pour
accomplir sa vie. Pour l'éternité. Notre époque vit une amnésie spirituelle en souhaitant la mort des anciens et des personnes médicalement inexploitables.


Ouvrons la Parole de Dieu : le livre du Siracide (25, 4-6) écrit : "Comme le jugement convient aux cheveux blancs et aux anciens de savoir donner conseil
La couronne des vieillards est une grande expérience et leur fierté, la crainte du Seigneur !" ; rappelons Zacharie qui se traite de vieillard avec sa femme
Élisabeth et qui reçoit la grâce de donner vit à Jean-Baptiste ; et Nicodème à qui Jésus révèle qu'on peut-être vieux et nouveau-né dans la conversion ; et
Syméon et Anne qui voient Jésus au seuil de leur mort en l'ayant désiré toute leur vie (le Pape a l'âge de Anne, 84 ans 1) ; et la pauvre vieille veuve qui
met 2 piécettes, faisant l'admiration de Jésus. Ceux qui approchent les personnes âgées savent la richesse spirituelle qui habite un corps parfois si abîmé
et même apparemment inconscient.

Que de merveilles les soins palliatifs et ceux qui les pratiquent ont révélées 1 C'est là que la vocation spirituelle d'un être s'accomplit, en un clin d'oeil parfois. Les saignants et les législateurs n'ont pas à s'arroger un pouvoir démiurgique pour décider de faire mourir ; ils doivent
poser un acte de foi en la destinée éternelle du malade ou de l'agonisant. Quand tu aides une personne à vivre, tu lui dame une chance supplémentaire de vivre
pour Dieu et... pour ses frères. Une personne très diminuée me disait l'autre jour - "Le Pape est comme moi, je suis heureuse" : voilà encore un voyage invisible
que Jean-Paul II a fait sans le savoir. La vieillesse n'est pas le temps de la stérilité spirituelle. Dieu y enfante des saints pour servir et encore servir. Dites aux malades et aux agonisants que vous avez besoin d'eux 1 St Paul ne disait-il pas aux Philippiens : "Pour moi, vivre, c'est la Christ, et mourir m'est un gain ... mais demeurer ici-bas m'est plus nécessaire a cause de vous." (Ph 1 21)

La vieillesse, quand la grâce de la vivre est donnée, est l'accomplissement de toute une vie.
On ne peut en délimiter le terme, même par des lois, au risque de refuser à Dieu l'imprévisible de sa grâce. L'euthanasie désespère de Dieu et désespère
de l'homme. Je cite encore le Cardinal Lustiger : "Seul Dieu sait quel repentir peut remplir l'ultime seconde de la vie d'un homme et lui épargner sa perte
éternelle". La vit est une grâce jusqu'au bout. Ne coupons pas à Dieu et à l'homme l'herbe sous le pied! Dans sa lettre 204, 5 5, St Augustin écrit avec une surprenante actualité : "Il n'est jamais licite de tuer un autre, même s'il le voulait, et plus encore s'il le demandait parce que, suspendu entre Io vie et
la mort, il supplie d'être aidé à libérer son âme qui lutte contre les liens du corps et désire s'en détacher ; même si le malade n'était plus en état de vivre,
cela n'est pas licite".

La vraie pitié consiste, comme Jésus, à prendre avec et sur soi la souffrance de l'autre ("Il a partagé nos faiblesses dit Ici lettre aux
Hébreux 2ème lecture). La fausse pitié consiste à supprimer celui dont on ne veut pas porter la souffrance. Avec le Christ ressuscité des morts, la vie et
la mort ont une force extraordinaire. Voici ce qu'en dit St Paul : "Nul d'entre nous ne vit pour soi-même et nul ne meurt pour soi-même ; si nous vivons,
nous vivons pour le Seigneur, si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Donc, dans la vie comme dans la mort, nous appartenons au Seigneur.'
(Romains 14, 7-8)

Nous croyons que Jésus a sauvé le monde de la haine et du péché par sa mort, c'est-à-dire par la façon dont il a vécu son agonie,
la trahison des siens et sa mort. Il y a mis l'Amour de Dieu. Permettons à tout homme diminué dans la souffrance de vivre l'amour en lui dormant le
véritable amour. Il participe ainsi au salut du monde entier avec Jésus, mystérieusement mais réellement.

La tendance des pays soi-disant riches à légaliser l'euthanasie doit nous interroger, Dans le relativisme moral où nous vivons, la loi est devenue la
confirmation de la mode majoritaire parfois voulue par des lobbyes. La loi civile n'est plus au service du bien commun et au service de la dignité de
la personne. Ce genre de loi est, écrit le Pape dans l'Encyclique sur la Vie : "dépourvue d'une authentique validité juridique. En effet, la méconnaissance
du droit à la vie, précisément parce qu'elle conduit à supprimer la personne que la société a pour raison d'être de servir, est ce qui s'oppose
le plus directement et de manière irréparable à la possibilité de réaliser le bien commun. Lorsqu'une loi civile légitime l'euthanasie. du fait même,
elle cesse d'être une vraie loi civile, qui oblige moralement". Le Pape poursuit : "L'euthanasie est un crime qu'aucune loi humaine ne peut prétendre
légitimer. Des fois de cette nature, non seulement ne créent aucune obligation pour la conscience, mais elles entraînent une obligation grave et
précise de s'y opposer par l'objection de conscience. Dans ce sens, la possibilité de refuser à participer à la phase consultative, préparatoire et
d'exécution de tels actes contre la vit devrait être assurée aux médecins, au personnel paramédical et aux responsables des institutions hospitalières,
des cliniques et des centres de santé. Ceux qui recourent à l'objection de conscience doivent être exempts non seulement de sanctions pénales, mais encore
de quelque dommage que ce soit sur le pion légal, disciplinaire, économique ou professionnel." Fin de citation. Jean-Paul Il a écrit ceci en 1995, à 75 ans,
un âge où dans nos pays soi-disant riches, ce sont souvent les enfants qui se précipitent sur les genoux des personnes âgées.

Jésus n'a-t-il pas assuré que ce sont les enfants qui nous montrent et nous donnent la Vie de Dieu au Royaume

Amen.

P. Vincent Di Lizia, Curé, pasteur dé la Communauté