Dimanche 14 décembre 2003 - 3ème dimanche de l'Avent
Homélie à St-André de Reims
Le Prophète vit ce qu'il dit

Dans notre thème d'année, "Qu'as-tu fait de ton frère nous parcourons ensemble ce qu'est le prophète, disciple de Jésus, pour notre temps, à la lumière de la Parole de Dieu que nous donne cet Avent. "Que devons-nous faire ?" questionnent les disciples de Jean Baptiste. Oui, Seigneur, que dois-je faire ?

Afin de ne pas rater la réponse, nous sommes invités à être dans une grande joie pour l'Avent. Sophonie et Paul nous invitent à pousser des cris de joie,
à être dans la sérénité, à danser d'allégresse. L'agir du prophète ne consiste donc pas d'abord à faire et à accumuler des choses dures à accomplir, qui nous fendent l'échine et nous découragent. Jésus, dit Jean Baptiste, nous baptise dans l'Esprit Saint et le feu, il nous plonge dans la Vie Trinitaire en venant
chez nous avec Elle et en emmenant chez Elle notre humanité.

Faire, pour le prophète, ne consiste pas à s'activer , c'est d'abord un agir du coeur, une manière d'être, le mode de vie de Jésus à diffuser.

Toute inquiétude est donc dépassée, dit Paul aux Philippiens. La joie chrétienne vient de là : tout homme, parce que Jésus-Dieu s'est fait homme, peut vivre
comme Jésus et montrer Dieu grâce à sa manière d'être extraordinaire, dans les plus petites choses quotidiennes.

Que devons-nous faire ? Approfondissons -le dans trois domaines : la vie morale quotidienne, la construction de l'Église, et enfin l'annonce de l'Évangile.

1) Que devons-nous faire dans la vie morale quotidienne ?
Jean Baptiste répond concrètement aux soldats, aux percepteurs d'impôts, aux gens aisés. La vie morale peut, de fait, se résumer à quelques maximes
dignes de l'instruction civique, les commandements, le "RMI moral"' de base. Et c'est déjà bien. Mais nous risquons vite de confondre l'Évangile avec
un héroïsme de choses à faire, impossible à accomplir bien souvent. Jean Baptiste prévient et annonce que Jésus vient avec "plus grand"'. Son baptême à
Jean Baptiste est un baptême d'eau. N'oublions pas que cette eau sera changée en vin de joie à Cana et en sang de vie éternelle au Cénacle.

La vie morale quotidienne s'enracine d'abord dans le message de grâce et de Bonne Nouvelle que Jésus donne et accomplit. Il baptise dans l'Esprit Saint,
il donne cet Esprit de Dieu qui change ma vie, comme il a envahi celle de Marie. Il me donne Dieu comme un papa, le papa aimant, il me fait frère, il me
pardonne gratuitement, il me donne la vie éternelle, il m'aime par dessus tout, il est "pour moi le salut" dit le cantique d'Isaïe chanté tout à l'heure. Alors seulement, mon coeur étant touché, je pourrai comprendre, désirer, et aimer faire ce que j'ai à faire. Dieu est entré dans mon histoire d'homme à Noël,
il a vécu tous mes choix moraux, sans pécher. Il est "en toi" crie Sophonie, il donne cette joie de pouvoir et de savoir ce qu'il faut faire.

Que devons-nous faire ? Vivre la sainteté de l'Evangile et pas seulement quelques préceptes moraux ; restaurer l'image du Christ en moi, doux, humble,
prompt à pardonner, miséricordieux, prêt à donner sa vie pour les autres. Une vie évangélique pleine, source de joie totale. Parce qu'en amont, il y a
la joie de Dieu qui m'est donnée en premier, gratuitement. C'est parce que mon coeur est touché qu'il a des ailes. Sinon, je risque de n'être qu'un oiseau
sur une plage polluée de pétrole qui veut se débattre mais dont les ailes sont engluées. Les prêtres plus âgés du diocèse m'ont souvent dit que Mgr Marty,
alors archevêque, les aimait tellement qu'ils seraient allés "au feu" pour Jésus, et qu'à l'époque des nombreux abandons de prêtres en France, notre diocèse a peu connu ces défections grâce à cet amour de l'évêque pour ses prêtres.

La vie morale de l'Evangile est la plus haute qui soit et la plus universelle. A condition d'être saisi par l'Esprit Saint et le feu d'abord. Sinon elle est la pire loi tyrannique souvent réduite - et pour cause - a quelques gentilles recommandations païennes à l'eau de rose. Dans l'Evangile le peuple est dans l'attente d'autre chose, dit Luc.

2) Que devons-nous faire pour construire l'Église ? Tout simplement ce que nous faisons en ce moment : vivre l'Eucharistie, comme Jésus
nous a dit de le faire. Les premiers disciples y étaient assidus. L'Église se construit par l'Eucharistie qui n'est pas facultative, qui est liée à une communauté.
On y voit l'Église. Marie, en Avent, tisse la chair du Verbe. L'Eucharistie fait de même : elle tisse la chair de l'Église, mystérieusement mais réellement.
La joie dont parle Sophonie et Paul, c'est déjà celle de L'Eucharistie, première source et cause de notre joie, lieu d'action de grâce et de supplication
comme dit Paul aux Philippiens.

Pour construire l'Église, il nous faut également être petits, sans prétention ni orgueil, plein de sérénité dit Paul. Quand Sophonie invite la fille de Sion à exulter,
il s'adresse à la plus petite colline du pays de Juda au milieu d'autres montagnes et déserts plus impressionnants. Et la petite Marie incarne cette fille de Sion.

Pour construire l'Église, il nous faut accueillir les plus petits et les plus délaissés, les plus lointains et les plus blessés. Les équipes de funérailles ont bien commencé, Dieu merci. Mais où en sont les points coeurs mensuels ? Personne ne signale plus de détresses, c'est curieux! Et les visites des personnes malades
ou âgées, très peu se précipitent pour ce ministère! Et la conférence St Vincent de Paul qui, certes vaillante, cherche à rajeunir ses membres!

Pour construire l'Église, il nous faut courir après la 100ème brebis égarée et perdue afin qu'il y ait, dit l'Evangile, de la joie dans le ciel, sans oublier la correction fraternelle exempte de jugement.

Pour construire l'Église, nous avons encore le sacrement du Pardon, spécialement mercredi àSt-Jacques pour la journée du Pardon de 9h à 21h. C'est la
fameuse paille de l'Évangile qui est détruite par le feu qui ne s'éteint pas ; le feu du sacrement de guérison qui sera toujours ardent jusqu'à la fin des
temps. C'est aussi le feu du pardon mutuel qui nous rend sereins, inquiets de rien, dit Paul aux Philippiens.

Oui, pour construire l'Église, nous avons le mode d'emploi. Alors, au travail!

3) Que devons-nous faire pour évangéliser ? Car l'Église est faite pour cela. La Bonne Nouvelle naît de la compassion de Jésus face aux foules
sans berger, fatiguées et abattues. Jésus, Dieu, souffre de nos souffrances et de nos errances, de nos vies "fanées et desséchées comme l'herbe" dit
le prophète Isaïe L'Évangile nous dit que les foules sont dans l'attente du Messie.

Nous sommes appelés à aller vers tous les hommes en les guérissant. Il ne s'agit pas de parler mais de vivre ce que l'on dit. C'est un baptême de feu, d'amour,
et pas seulement un verre d'eau fraîche et des paroles juteuses.

Nous sommes appelés à donner gratuitement, inquiets de rien dit Paul, dans une totale confiance à Dieu, dans l'action de grâce, sûrs que tout concourt
au bien de ceux qui aiment Dieu, dire le même apôtre dans une autre lettre.

Nous sommes appelés à vivre l'hostilité, à donner le Christ crucifié et ressuscité à travers nous, montrant celui que nul n'a jamais vu, parfait et saint
comme lui. Que votre joie et votre sérénité, dit Paul, soit connue de tous. Cela n'est pas facultatif. Décide de mettre ton coeur dans la paix.
Oui, décide-le! Contre vents et marées! Arrête d'être le nombril du monde, cesse de te plaindre, cesse de croire à la persécution, regarde l'autre,
avance et travaille, aime et prie. Bref, comme disait mon supérieur de séminaire à Rome : "Ferme te gueule, travaille et sois heureux!"

Que devons-nous faire ? Être Jésus en ce monde. Ni plus, ni moins. C'est accessible à tous, à toi. Accueille la grâce dans la prière et l'écoute
de la Parole, construis l'Église, donne la joie et la sérénité. Redites-le, chantait le Cantique d'Isaïe "Redites le, sublime est son Nom, jubilez, criez de joie !"

Amen.

P. Vincent Di Lizia, Curé, pasteur dé la Communauté