3ème dimanche de Carême

Lectures propres à la présence des catéchumènes : Exode 17, 3-7 Psaume 94 Romains 5, 1-8 Jean 4, 5-42

Nous marchons ensemble vers Pâques avec Nancy et Janine, nos deux catéchumènes, désireux de renouveler notre foi au Christ mort et ressuscité, désireux de mourir et de ressusciter ensemble, en communauté, pour que le monde ait la Vie.
Vécu communautairement, ce Carême doit permettre au monde de se poser la question du livre de l'Exode : "Le Seigneur est-il vraiment au milieu de nous, ou bien n'y est-il pas ?" ; ce Carême doit permettre à l'Église de redonner au monde le visage authentique du Seigneur. Non pas la preuve de l'existence de Dieu ou de Jésus, mais la preuve que Dieu nous aime. St Paul l'a redit dans la seconde lecture : la preuve que Dieu nous aime, c'est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions pécheurs, non pas des justes ou des hommes de bien, mais des pécheurs, capables de rien, des "nuls" dirait-on aujourd'hui.
La femme de Samarie incarne ce monde dans lequel Dieu envoie son Fils et les baptisés. Elle incarne notre monde actuel.
Elle cherche à être comblée de bonheur et de confort alors qu'il faut toujours refaire les mêmes gestes de la vie quotidienne : l'eau, le travail, l'éducation, l'argent, les épreuves.
Elle s'est inventée une nouvelle religion : la stricte laïcité gauloise, tout en adorant un dieu au Mont Garizim, c'est-à-dire en courant après le dernier article choc du supermarché religieux vécu en privé avec des initiés. Elle a six maris car elle cherche à être comblée de bonheur mais tant de personnes et tant de choses abusent d'elle en la faisant miroiter : l'Argent ; le Confort ; l'Humanitaire dans les limites de la juste et bourgeoise raison ; la Jouissance immédiate qui fabrique les perversités chez les faibles et puis les condamne avec puritanisme ; la Carrière qui stérilise les mères de famille et rend les pères surhommes de bronze aux pieds d'argile, et tant d'autres qui ne donnent pas l'eau vive.
La femme de Samarie, enfin, incarne notre monde divisé, elle connaît les règles d'isolation : juifs/samaritains, pur/impur, croyants/pas croyants, juifs/musulmans, droite/gauche, aujourd'hui nous dirons : chacun son choix, son idée et on ne dérange personne.

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Sans mourir à tout cela, pas de vie nouvelle, pas de Résurrection. Le Carême n'est pas un pansement ou un effort pour améliorer cela. Le Carême, c'est la mort à tout cela, à soi-même, pour renaître à la vie en Christ.
Comment Jésus s'y prend-il, lui, que les Samaritains reconnaissent comme Sauveur du monde entier ?

*Jésus dit : donne-moi à boire !

Il a besoin du monde. Nous sommes appelés à avoir besoin des personnes vers lesquelles Dieu nous envoie. Nous sommes des mendiants. L'Église n'a rien à revendiquer ou à imposer. Elle a besoin, elle a soif. Elle dépend des autres. Elle est pauvre. Mais riche de la vie du Christ ressuscité. Que l'Esprit Saint creuse en nous la soif de donner des cœurs à Dieu.

* Jésus dit : je te donnerai une eau jaillissant en vie éternelle. C'est l'Esprit Saint.

L'Église n'a pas à imposer un Jésus qui tape à l'œil, qui fait trémousser la libido ou les entrailles grâce aux jets d'hémoglobine de la cinématographie ; l'Église donne librement l'essentiel pour la Vie éternelle : la personne de l'Esprit Saint, à travers les sacrements, la vie fraternelle, l'écoute de la Parole de Dieu. Pas de fric, pas d'images théâtrales : la discrétion et la pauvreté pour que la puissance d'amour de Dieu passe dans les cœurs.

* Jésus dit : appelle ton mari ; adore le Père en esprit et en vérité !

L'Église est appelée à aimer et à s'intéresser à la vie concrète des personnes, sans les juger, mais en leur permettant un pas en avant vers le vrai Dieu, pas le dieu d'une religion ou d'un groupe. Mais le Père : en vérité car il me révèle la vérité et la beauté de ma vie ; en esprit car c'est la foi qui me fait voir l'invisible ; non pas des images imposées par certains films sur la Passion du Christ par exemple : c'est notre vie qui est appelée à changer sérieusement, librement et concrètement.
Présenter la Passion du Christ avec renfort de publicité et d'argent, en s'appropriant un scénario qui ne coûte rien et en étalant la souffrance sans pudeur, voilà la logique classique préoccupée davantage de remplir les caisses que de permettre une rencontre du Christ Sauveur. On pourra dire que la messe a été célébrée chaque jour sur les lieux du tournage : hélas en latin dans les rites intégristes ; on pourra dire que c'est pour évangéliser, mais le fondamentalisme religieux et politique y sont tellement mêlés ; on pourra dire que des cardinaux romains l'ont approuvés, mais le cardinalat ne confère pas tous les charismes de discernement à tout âge ; on pourra dire que ce film évoque les visions de certains mystiques ayant vu le Christ souffrant, mais les visions et les apparitions sont du domaine privé et non pas dogmes de foi.

* Jésus dit : ma nourriture c'est de faire la volonté du Père.

Ici, avec la femme de Samarie, c'est qu'elle redevienne à l'image de son Créateur et qu'elle le partage aux autres, ceux-là mêmes qui abusaient d'elle auparavant : "Venez voir, dit-elle, un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait". Elle devient évangélisatrice de ce que Jésus a fait pour elle, de la façon dont Il l'a fait : en ayant soif de son âme, en promettant l'Esprit Saint, en s'intéressant à sa vie concrète.

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Voilà, frères et sœurs, la preuve que Dieu nous aime, comme dit Paul aux Romains. Jésus meurt pour toi et ressuscite pour toi, pour moi, pécheur. L'Église, toi, nous, les futurs baptisés, appelés à mourir et à ressusciter pour ceux dont ils partagent l'existence quotidienne. Gratuitement, car, dit Paul, nous sommes établis dans le monde de la grâce. Nous sommes dans une logique de don de soi par amour pour les autres. Nous somme programmés pour cela, par amour du Christ et pour le salut du monde.

Amen.

P. Vincent Di Lizia, Curé, pasteur de la Communauté