Dimanche 7 décembre 2003 - 2ème dimanche de l'Avent
Homélie à St-André de Reims
Le Prophète prie

Baruc 5, 1-9 - Psaume 125 - Philippiens 1, 4-11 - Luc 3, 1-6

Notre méditation de l'Avent recueille aujourd'hui, dans le cadre du thème d'année "Qu'as-tu fait de ton frère ? (Genèse 4, 8)" ce que le prophète,
s'il est vraiment prophète, peut donner par la prière. La prophète est celui qui se tient en prière.

C'est d'abord Baruc dans la première lecture, qui annonce des choses nouvelles : la justice, la paix, Dieu sur terre, même si on ne les voit pas encore. La foi du prophète, dit la lettre aux Hébreux est le moyen de posséder déjà ce qu'on espère. Seule la prière permet de le voir vraiment.

C'est aussi l'expérience de Paul qui évoque sa prière aux Éphésiens, prière d'action de grace et de joie pour ce que Dieu a déjà fait à travers eux, et prière de demande pour que leur chemin rencontre totalement celui du Christ dans un discernement sûr.

C'est enfin la grande prière de Jean-Baptiste, dont Jésus -dira -qu'il est le plus grand des prophètes. Avant de proclamer le baptême de conversion pour le pardon des péchés, il reçoit, dit l'Evangile, Ici Parole de Dieu dans le désert. Son père, le grand prêtre Zacharie, savait ce qu'est la prière fidèle et longue où il rencontra Dieu Jean-Baptiste reçoit la Parole car il prie longuement dans le désert.

Notre prière est liée à l'expérience du désert. La double expérience du désert. C'est là que nous discernerons si elle est prophétique ou non.

D'abord le désert de nos vies, de la vie.

Et cela de tous temps. Au temps de Baruc, il est question des collines éternelles et des hautes montagnes. C'est l'orgueil, l'indifférence, les murs construits entre les peuples, la haine, les situations auxquelles on s'habitue et qu'on trouve tellement normales et humaines qu'elles semblent, de fait, éternelles et très hautes ; des montagnes indéplaçables. Des fatalités, des destins comme l'on dit parfois.

Au temps de Jean-Baptiste, l'Évangile évoque l'empereur Tibère et ses sbires, les gouverneurs et le tyran Hérode, les grands prêtres Hanne et Caïphe sordidement présents à la Passion de Jésus, les princes véreux et la mafia locale. La jungle économique ne fait pas mieux, le système libéral à croissance illimité n'est qu'un ersatz le l'empire romain dont on sait ce qu'il est advenu.

Évoquons aussi Paul qui écrit aux Philippiens. La civilisation grecque, prestigieuse et remplie de sagesse ressemblait fort à nos sociétés païennes ou règne le désert de l'indifférence.

Voilà le premier désert : l'indifférence. Chacun pense et croit ce qu'il veut, chacun pioche sa religiosité comme il l'entend, ou pratique de multiples façons, mais le Fils de l'Homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre, se demande Jésus dans l'Évangile.

Le désert où nous vivons est déjà décrit depuis plusieurs siècles par Hilaire de Poitiers (contre Constance, n° 5) : Nous devons combattre un ennemi insidieux : il ne blesse pas l'épaule, mais il caresse le ventre ; il ne confisque pas les biens pour donner la vie, mais il enrichit pour donner la mort, il ne pousse pas vers la liberté en nous jetant en prison, mais vers l'esclavage en nous accueillant dans son palace ; il ne casse pas la hanche, mais il prend possession du coeur ; il ne coupe pas la tête avec une épie, mais il tue l'âme avec l'or et l'argent." Voilà le désert insidieux et ses démons...

Dans ce désert de l'indifférence, le prophète, c'est-à-dire le disciple de Jésus par son baptême, prie. Il se tient debout et il veille. Il n'est pas contre le monde de l'indifférence, il est avec lui, envoyée pour aimer et sauver, et non pas juger les personnes. C'est d'abord la prière, le coeur-à-coeur avec Jésus qui change le monde, et au moins notre regard sur lui et sur nous-mêmes.

Voilà donc le second désert, le désert de la solitude priante du prophète.

Peu importe, tu te tiens en Prière en adoration. Prends du temps. Tiens-toi debout devant Celui qui t'aime et qui se montre à toi. Alors tu deviendras prophète pour ce temps. Tu ne sais pas comment, mais l'Esprit t'inspirera ce qu'il faut dire. Pour aborder les ravins, les passages tortueux, les montagnes, les routes déformées, les déserts de l'indifférence, prie, prie et prie encore. Il te sera donné un trésor, le Christ Lui-même qui rayonnera sans que tu t'en rendes compte.

Pourquoi n'essaies-tu pas ? le monde attend un message et un signe fort des disciples de Jésus, Paul dit que toute la création gémit dans l'attente de la révélation des fils de Dieu, baptisés dans la mort et la résurrection du Christ. Qu'avons-nous à donner ? Le Seigneur nous le dira ; prenons du temps avec Lui, devant Lui, en Lui et pour Lui. Beaucoup de temps. Des coupes sombres dans l'agenda. Les courses et le marché de Noël, les embouteillages peuvent se passer de nous. Fabriquons nous-mêmes les cadeaux, écrivons et peignons, décorons des cartes où nous mettrons ce que le Seigneur nous aura soufflé au coeur. Au Père Dricot désormais au ciel, qui avait demandé au journal le "Canard enchaîné" pourquoi il ne parlait pratiquement plus de L'Église, ce dernier lui avait répondu une lettre : "Mais mon père, vous n'avez plus rien à dire, que voulez-vous qu'on réponde ou qu'on critique." Triste constat qui dénonce sans le savoir le manque de prière longue et d'attachement à Jésus mort et ressuscité.

Alors je fais mienne la prière de Paul aux Philippiens, pour vous et pour moi, et pour tous les prophètes que sont les baptisés en Jésus : "Je demande que votre amour vous fasse progresser de plus en plus dans la connaissance vraie et la parfaite clairvoyance qui vous ferons discerner ce qui est le plus important. Ainsi, dans la droiture, vous marcherez sans trébucher vers le jour du Christ ; et vous aurez en plénitude la justice obtenue grâce à Jésus Christ pour la gloire et la louange de Dieu." Amen + V. Di Lizia, + Curé, pasteur de la communauté.

Amen.

P. Vincent Di Lizia, Curé, pasteur dé la Communauté