2ème dimanche de Carême

Parole de Dieu: Genèse 15, 5-18 Psaume 26 Philippiens 3, 17 - 4, 1 Luc 9, 28-36

Vivre le Carême en communauté, c'est se préparer à vivre la Pâque dans notre vie, comme Jésus ; à entrer dans sa Pâque, sa mort et sa Résurrection. Nos deux catéchumènes s'y apprêtent en mourant à leur vie ancienne pour renaître à la vie de frères et sœurs de Jésus. Leur présence est une grâce pour la communauté, appelée elle-aussi à vivre la Pâque.

L'Église, Corps du Christ, Épouse du Christ, est appelée à vivre la même histoire que le Christ, par amour des hommes : vivre la mort et la Résurrection. Quand Jésus apparaît transfiguré, l'Évangile nous dit qu'il parle de son "départ (Exode, en grec) qui allait se réaliser à Jérusalem" avec Moïse et Élie.
Les chrétiens en ce monde, ce sont ceux qui marchent résolument, par amour des hommes, vers la Croix et la Résurrection ; ce ne sont des gens ni meilleurs que les autres, ni repérables par des signes extérieurs.
Ce ne sont pas des êtres tous moralement parfaits - voyez Moïse, qui incarne la loi, disparaissant devant Jésus dans sa gloire.
Ce ne sont pas des êtres tous à l'écart du monde - voyez Élie, qui incarne cette pureté, disparaître aussi devant Jésus.
Ce ne sont pas des gens qui cloisonnent le monde en pratiquants de diverses religion ou de laïques - voyez Pierre qui veut séparer en 3 tentes les protagonistes de toute l'histoire sainte.
L'Exode, la Pâque de l'Église, aujourd'hui, c'est de vivre la mort et la Résurrection du Christ.

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En quoi consiste cet exode aujourd'hui ? -

Plus que jamais, l'Église doit aller vers le monde tout comme Jésus est venu chez les hommes.
Aller vers les autres, les aimer sans espérer de retour, les servir, vivre la patience et le respect, donner le pardon, donner Jésus Sauveur joyeusement, tout cela est une mort en vue de la Résurrection. Si tu ne témoignes pas en allant vers les autres avec lesquels tu vis, qui ira à ta place ? Personne.
Si l'Église ne meurt pas à son langage abscons, si la liturgie de la messe ne s'adapte pas tout en gardant l'essentiel, comment permettra-t-elle au monde de rencontrer Dieu ?
Si l'Église ne meurt pas à ses privilèges séculaires et ne pose pas des actes prophétiques d'œcuménisme, qui ne se réduisent pas à une semaine de prière par an, avec d'autres églises chrétiennes, comment le monde croira en un Christ divisé ?
Si l'Église ne va pas vers le monde avec Jésus de façon renouvelée, Elle est ennemie de la croix du Christ (cf. 2e lecture).
- Plus que jamais, l'Église doit accepter d'être un petit troupeau, dans un monde largement indifférent à Dieu, même si beaucoup se disent de temps en temps religieux ou attachés à des valeurs morales.
La grande majorité des grands parents chrétiens ne voient plus leurs petits enfants élevés selon l'Évangile ; la très grande majorité des familles demandant le baptême (parfois toutes) disparaissent le lendemain ; il en va de même pour les communions et les mariages.
L'Église doit accepter par amour de Jésus cet état de fait et mourir à ses habitudes pastorales une fois pour toutes afin d'aborder les hommes nos frères avec intelligence divine, et non pour délivrer des certificats et des sacrements de la foi à des personnes qui n'ont pas la foi.
L'Église doit arrêter de compter ses troupes et de prendre peur. Rappelons-nous le roi David qui a voulu compter ses hommes, comment la punition terrible s'en suivit.
Si l'Église n'accepte pas cela, Elle est ennemie de la croix du Christ (cf. 2e lecture).
- Plus que jamais, l'Église doit retrouver l'essentiel de ce qui la fait vivre : la Parole de grâce de Jésus, l'Eucharistie, le Pardon, l'amour des ennemis et des plus faibles. Cela tient en peu de mots et ne nécessite pratiquement aucune structure, surtout dans un monde qui vit sans Dieu ou presque. L'Église doit accepter de mourir à ses structures trop pesantes pour sa taille afin de ressusciter à la simplicité évangélique. Dresser 3 tentes ou 50 organismes paraît si dérisoire à Pierre devant la grandeur de Jésus. Sans cela, Elle se comporte en ennemie de la croix du Christ (cf. 2e lecture).

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Voilà frères et sœurs, trois exodes que notre communauté, que notre Église est appelée à vivre. "Tenez bon dans le Seigneur" dit Paul aux Philippiens.
Peut-être dirons-nous comme Abraham : comment vais-je savoir que j'ai la possession de ce pays, de cette résurrection ? Comment vais-je savoir que la Résurrection suivra la mort ? Seigneur, ne serait-ce pas kamikaze ou suicidaire ? Écoute la Parole de Dieu !
- Abraham croit coûte que coûte. Renouvelle ta foi, comme le psaume 26 : "J'en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants".
- Abraham est plongé dans un sommeil mystérieux et c'est le feu de l'Esprit Saint qui maintient la foi. Voilà l'adoration et l'abandon.
- Paul nous rappelle notre identité : citoyens des cieux, par notre baptême. Nous portons le ciel sur terre, quelle responsabilité splendide reçue de Dieu !
- Écoute Jésus seul comme les apôtres à la transfiguration, selon l'ordre de Dieu Lui-même. Voilà la principale activité du Carême.
- Regarde les catéchumènes qui ont accepté de tout quitter pour vivre en Jésus une vie nouvelle. Cela se voit dans leur vie.
La Résurrection est visible en bien des lieux et bien des personnes. Mourons à nous-mêmes pour la contempler et en être vivifiés.

Amen.

P. Vincent Di Lizia, Curé, pasteur de la Communauté