27ème dimanche année B
Homélie du 5 octobre 2003

"Jésus, qui sanctifie, et les hommes qui sont sanctifiés, sont de la même race et, pour cette raison, il n'a pas honte de les appeler ses frères- ( Heb , 11)
Textes bibliques
Psaume 127
Hébreux 2, 9-11
Marc 10, 2-16
Genèse 2, 18-24
La Parole de Dieu, dans la lettre aux Hébreux, nous fait contempler Jésus qui aime sa famille en épousant l'Église qu'Il fonde sur la croix ; élevé de terre, il élèvera tous les hommes à Lui. Parce que Dieu a pris chair de la Vierge Marie en Jésus, Jésus est le grand frère de tous les hommes. Aucun homme, si blessé, si pécheur, si meurtri soit-il, ne peut dire : Jésus a honte de moi. Jésus n'a honte de personne. Telle est l'admirable Bonne Nouvelle de la lettre aux Hébreux. L'enjeu est de taille. Il s'agit de bâtir la famille des hommes comme famille divine, selon le dessein de Dieu. La Parole de Dieu nous aide à comprendre ce qu'est une famille humaine, ce qu'est la famille de Dieu, comment la famille humaine visualise et devient la famille de Dieu. Jésus évangélise les hommes et en fait ses frères en évangélisant la famille.

Certaines tendances actuelles militent pour une alternative à la famille grâce aux unions entre personnes du même sexe. Nous devons infiniment respecter les personnes et ne pas sombrer dans l'homophobie. Nous devons également puiser dans la Parole de Dieu la Bonne Nouvelle pour un juste discernement distinguant personne et acte, lobbys d'intérêts privés et écoute attentive de chacun.

1) Des pharisiens veulent le piéger (l'Évangile dit qu'ils le mettent à l'épreuve), ici, à propos du divorce.
Cette attitude de tendre un piège a toujours existé depuis la ruse du serpent à la Genèse. À partir de situations privées délicates (divorces, foyer recomposé, homosexualité) des groupes de pression veulent les présenter comme nouveaux modèles du lien social. Ainsi par exemple s'affrontent aujourd'hui la thèse réaliste pour qui l'humanité s'édifie sur la différence sexuelle homme-femme dans le mariage qui donne vie aux enfants et la thèse subjectiviste du genre ou du constructivisme où chacun construit son genre sexuel (homosexuel, bisexuel, transsexuel, hétérosexuel) à partir duquel se construit la soi-disant famille. Les législations nationales et européennes méconnaissent souvent cela et tombent dans le piège. Jésus rapporte tout au début de la création : "Au commencement, Dieu les fit homme et femme ; à cause de cela, l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme et tous deux ne feront plus qu'un". Et le récit de la première lecture dans la Genèse montre que Dieu a longtemps cherché avant de créer le couple humain donneur de vie ; il crée l'homme, puis semble hésiter, il crée les animaux, les oiseaux, et enfin dans le sommeil mystérieux, il crée la femme. Ce n'est pas l'homme qui crée l'autre, qui crée le différent, qui crée "l'aide qui lui correspond" ; c'est Dieu ; voilà le sens du sommeil mystérieux, dont nous avons font besoin aujourd'hui pour contempler et découvrir la beauté de la famille. Il y a des invariants et des repères intouchables qui appartiennent au patrimoine de l'humanité.

2) Que vous a prescrit Moïse ? Jésus s'intéresse à la loi des hommes, parfois sacralisée et considérée comme loi religieuse. Il explique bien que la loi de la répudiation était un pis-aller pour éviter de renvoyer les femmes indésirables comme un papier que l'on jette. Mais une loi ne peut être un pis-aller. La question soulevée par la législation des couples de personnes d'un même sexe concerne tous les hommes. La société doit savoir sur quoi fonder la famille. L'homosexualité, qui est particulière et privée, n'a pu vocation à être une norme et à fixer les normes en matière conjugale et familiale ; l'Église accueille beaucoup de personnes homosexuelles, et la vérité sur la famille n'est pas a priori un discours homophobe, même si des documents ecclésiaux officiels gagneraient à présenter la miséricorde et la vérité de Dieu dans un langage accessible à tous. Ceci étant dit, nous vivons dans un monde où, au nom de la tolérance, tout aurait la même voleur et le même sens. Or Jésus, en renvoyant aux origines, cherche à nous faire goûter ce qui contribue au bien de l'humanité et ce qui le contrarie. L'endurcissement, dit Jésus dans l'Evangile, conduit le législateur à formuler des lois d'arrangement. Le harcèlement des lobbys et des groupes de pression, les médias et la peur de la non-réélection entraînent certains élus à faire des concessions graves. Le Père Tony Anatrella, spécialiste de psychiatrie sociale et consulteur des conseils pontificaux pour la famille et la santé à Rome, écrit : "On oublie le sens des limites à ne pas dépasser, le sens de l'intérêt général (on morcelle des droits selon les situations particulières, favorisant ainsi des phénomènes plus tribaux que communautaires) et le sens de l'intérêt des jeunes générations et des enfants, qui risquent d'être les otages des caprices des adultes". Les lois civiles sont autonomes certes, mais restent soumises aux invariants de l'Humanité. Un homme est un homme, une femme et une femme, et pour fabriquer et élever ou adopter un enfant, il faut un homme et une femme, un à la fois, une à la fois. La préparation au sacrement du mariage pour de très nombreux couples confère à l'Église sa qualité "d'experte en humanité" comme disait le Pape Paul VI, même si, encore une fois, elle n'est pas toujours experte en langage et en vocabulaire.

3) De retour à la maison, les disciples insistent et continuent à interroger Jésus qui, lui, rappelle invariablement la loi divine. Pour ce qui concerne les lois favorisant l'union des personnes de même sexe et l'adoption possible d'enfants, l'Église invite la société à chercher ce qui lui permet de traverser la temps et les crises en donnant la vie. Sinon les générations futures demanderont des comptes aux précédentes pour avoir laissé légiférer en deçà des oeuvres de la raison. "La loi civile se construit, écrit le P. Anatrella, à partir de ce qui est vrai et juste pour le bien commun , il serait hasardeux de croire que ce sont les moeurs qui font la loi'*. Pourquoi, du reste, Jésus s'approche des enfants dans l'Evangile, et pourquoi les disciples les rabrouent et les éloignent ? Leurs intérêts privés et leur ego veulent tout dominer. L'enfant est au centre de l'amour. Certaines régions de l'Europe occidentale comme l'Italie du Nord sont arrivées à un taux de natalité de 0,3 enfant par femme, cultivant par ailleurs la xénophobie face aux familles nombreuses d'autres continents, cultivant le protectionnisme économique, cultivant également la culture homosexuelle par la mode, la publicité, les loisirs, et cultivant dans le même temps, une homophobie sans pitié ; les sociologues restent consternés.

4) Jésus qui a connu l'enfance, place les enfants au coeur du Royaume que les chrétiens dans la société sont appelés à réaliser. Les unions de personnes de même sexe risquent d'instrumentaliser les enfants qu'elles adoptent pour satisfaire chez ces adultes le besoin d'être reconnus par la société ; l'enfant serait alors pris en otage et situé dans une incohérence nationale ; je cite encore le P. Anatrella : "On ne peut pas prétendre qu'il suffit qu'il se sente aimé pour s'épanouir ; encore faut-il savoir dans quelle structure relationnelle l'enfant doit être placé." En naissant humainement dans une famille humaine, en embrassant et en bénissant les enfants, Jésus sauve de nombreuses situations de l'impasse en rétablissant les choses à leur juste place.

5) Jésus n'a pas honte de nous appeler ses frères (Hb 2,11)
Le Sauveur du monde sauve l'homme en sauvant la famille, dans la vérité et dans l'amour, c'est-à-dire dans la souffrance. La lettre aux Hébreux nous rappelle que c'est par ses souffrance - et que c'est "normal" ainsi - que Jésus sauve les hommes de l'aveuglement, y compris de l'aveuglement caché et ignoré, comme dit le psaume 18. Vouloir mettre sur le même pied la famille et les unions de personnes de même sexe, vouloir favoriser l'adoption d'enfants par ces couples conduit à une impasse de la société. Mais les chrétiens, à la suite de Jésus, souffrent profondément de voir les situations particulières, héritées de choix, de blessures, d'incompréhensions, prendre ces routes.

Que fait Jésus face aux personnes : D'abord, il reste clair sur la loi divine face à tous ; nous l'avons vu.
Ensuite, il n'a pas honte d'appeler les hommes ses frères. La personne homosexuelle est frère et soeur de Jésus, les deux personnes de même sexe qui veulent adopter un enfant sont frères (ou soeurs) de Jésus.
Jésus bâtit ainsi une grande famille sur la vérité de l'amour. Qu'as-tu fait de ton frère 7 nous suggère notre thème pastoral d'année. Les familles voulues selon le plan de Dieu, avec un papa, une maman et des enfants, doivent être attentives et pleines de tendresse envers tous les autres foyers qui ne leur ressemblent pas. Et la loi civile doit protéger, respecter et favoriser la famille, véritable cellule de base.
Enfin, Jésus place l'enfant au centre du Royaume. Au ciel, il n'y aura plus de différence sexuelle. St Paul l'affirme. Celle-ci est orientée vers l'amour du différent, afin qu'ensemble on aime tous les hommes. L'enfant, quoique sexué, n'est pas, sauf exception, préoccupé et parfois torturé par la question sexuelle. La différence hommefemme est indispensable pour aimer l'être différent. Mais il y a encore plus grand. Cet apprentissage anticipe et annonce l'amour dans le Royaume où tous sont frères.
La différence homme / femme / parents / enfants est voulue par Dieu, sauvée de ses blessures par la Passion du Christ Jésus, qui a fait de la famille l'icône de son union avec l'Église, afin de l'ouvrir ,à tous les hommes, afin qu'en valorisant la famille, la famille valorise et aime tous les hommes (c'est dans ce sens qu'il l'a voulu) et que la famille n'aie pas honte d'appeler tous les hommes ses frères, à commencer par ceux qui ne fondent pas 1a famille.

+ Amen.

P. Vincent Di Lizia, Curé, pasteur dé la Communauté