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En communion avec les fidèles défunts- dimanche 2 Novembre 2003
Homélie à St-André de Reims
Réincarnation
ou Résurrection ?
Ce que cela change dans notre vie
La Résurrection de la chair
Depuis toujours,
les disciples du Christ confessent qu'il s'est incarné dans le sein de la Vierge
Marie, qu'il a été mis au tombeau et que c'est la même
chair qui est ressuscitée et qui siège à la droite du Père. Il y accueille tous
les défunts avec l'intense désir de les plonger dans la miséricorde divine,
d'achever leur divinisation pour prendre part au festin du Royaume de Dieu.
La mémoire des fidèles défunts, même si elle provoque une légitime souffrance,
doit nous plonger dans la merveilleuse compassion de Dieu qui a ressuscité Jésus
selon la chair. Voilà ce qu'écrit saint Augustin : " Le Christ est la tête
de l'Église, et celle-ci est son corps, le Christ total est tête et corps tous
ensemble. Cette tête est déjà ressuscitée.
Nous avons
donc la tête dans le Ciel, elle intercède pour nous. Notre tête sans péché,
immortelle, est déjà en train de prier Dieu pour nos péchés, afin
que nous aussi, qui à la fin des temps ressusciterons et serons transformés
dans la Gloire divine, suivions notre tête. Frères, voyez l'amour de votre tête,
le Christ ! " Ainsi, ce qui permet de croire à la résurrection corporelle du
Ressuscité, c'est l'amour qu'Il porte à son corps, l'Église. Là où est vivace
l'amour pour son corps, en particulier pour les membres les plus humbles et
les plus pauvres, là se produit le renversement dont parle saint Paul (Ep 2,
1-6) :
La tête ne souffre pas seulement dans ses membres, mais les membres eux-mêmes
sont déjà ressuscités avec le Christ et siègent avec lui à la droite du Père.
Jésus n'a-t-il
pas dit : " Je veux que là où je suis, ils soient aussi avec moi. " (Jn 17,
24) La divinisation de l'homme Dieu se fait homme pour que l'homme
soit divinisé, c'est-à-dire qu'il reçoive par grâce tout ce que Dieu possède,
sauf l'être même de Dieu, bien sûr. Et cela est un cadeau de Dieu que personne
ne peut se fabriquer. L'homme ne se dissout pas dans la divinité comme certaines
tendances le pensent ; il devient pleinement ce qu'il était avant le premier
péché, il devient pleinement homme. Il est pleinement restauré en étant rendu
conforme au Christ lui-même, homme parfait. C'est au baptême que nous sommes
rendus parfaits, semblables au Christ, adoptés et comblés de l'immortalité.
Toute notre vie terrestre consistera ensuite à passer de cette image (cadeau
reçu)
à la ressemblance totale, grâce à une vie évangélique pleine d'amour et de conversion
permanente.
Diadoque de
Photicé comparaît cela au tableau d'un peintre : il y dessine une esquisse globale
où tout est déjà dit, puis peu à peu il le peint pour lui donner
l'aspect définitif. Cette divinisation reçue de Dieu et développée avec notre
concours consiste à ressembler au Christ Jésus, vrai Dieu et vrai homme.
Cela n'a rien à voir avec les courants syncrétistes où certains initiés découvrent
les germes divins en eux, et encore moins avec les courants qui réduisent
l'homme à sa vie terrestre qui devient un absolu voire un dieu ; dans les deux
cas, l'homme devient dieu lui-même, mais il est hors-sujet, c'est une idole,
pas dieu ! La réincarnation et la Résurrection Dans la vision extrême-orientale
et bouddhiste, l'homme se purifie à la suite de plusieurs vies et de plusieurs
réincarnations ; c'est un processus à priori négatif vécu comme une prison dont
il faut s'évader à tout prix. L'homme peut y arriver avec le Bouddha,
mais on ne sait absolument rien de ce nirvana final, si ce n'est qu'il est le
contraire de notre monde actuel.
L'occident
a transformé, dès la Révolution française, ce point de vue en faisant des réincarnations
une recherche de vie meilleure, un certain confort
spirituel et un progrès. Pour le disciple de Jésus, la mort et la résurrection
ont changé radicalement le monde et l'histoire une fois pour toutes. Il a vaincu
la mort une fois pour toutes et si tu le suis, tu partages une vie nouvelle
qui va vers la résurrection de la chair. Être sauvé, c'est un cadeau gratuit
offert en
Jésus si tu dis oui. Pour la réincarnation, être sauvé consiste à se libérer
soi-même à travers des cycles de vies et de morts, et nul n'est certain d'y
arriver.
Pour le disciple de Jésus, c'est la rencontre du Christ qui transforme la vie.
C'est un don d'amour, que je peux certes préparer par de bonnes dispositions,
mais qui n'en dépend pas de façon absolue. La parabole des ouvriers de la onzième
heure nous rappelle d'abord que tout dépend d'abord de l'amour de Dieu.
Pour la réincarnation, l'homme parvient au salut grâce à la sagesse, à la connaissance
qu'il a des choses. Mais il faut plusieurs vies pour atteindre les voies
de la sagesse. Pour le disciple de Jésus (et pour le juif), l'homme est une
créature, donc voulue telle quelle, corps et âme, par Dieu, unique en son genre
dans toute l'histoire de l'humanité. Chaque vie est unique. L'homme a une unique
histoire devant son Dieu ; vie unique où se joue le destine définitif de
chaque homme, en son âme et en son corps. L'âme a un commencement puis reçoit
une vie indestructible ; le corps destiné à la résurrection de la chair
comme le croyait déjà Job (première lecture). Pour la réincarnation, l'homme
est souvent vu comme parcelle divine déchue dans le monde matériel, ou
manifestation passagère de l'absolu. À combien de funérailles dites chrétiennes,
on entend parfois que le corps est une enveloppe dont il faut se
défaire... sans parler de certaines tendances crématistes pour lesquelles on
peut se demander ce qui est fait de la dignité du corps !
Pour le disciple
de Jésus, l'histoire est unique, c'est sa dignité et sa grandeur. Le Christ
est mort une fois pour toutes pour nos péchés (1 P 3, 18),
la mort n'a plus de pouvoir sur lui (Rm 6, 9), et les morts seront pour toujours
avec le Seigneur (1 Tm 4, 17). Tout est unique car l'avènement du Christ
est unique. Ce que nous aurons fait au plus petit, c'est à Jésus que nous l'aurons
fait (Mt 25). Tout cela donne portée à nos actes et à notre vie.
Des amis proches des tendances réincarnationistes m'ont dit au contraire que
des erreurs ne sont pas graves, puisqu'ils feront mieux dans leur prochaine
vie. Le problème est que de nombreuses erreurs mettent dans le fossé beaucoup
de gens qui, eux, n'auront pas beaucoup d'autres vies. La surprise sera
de l'autre côté ; relisons la parabole du pauvre Lazare campé devant le mauvais
riche. Mais saint Augustin approfondit encore face aux réincarnations
(à l'époque, les gnostiques) : " Comment est-il possible qu'une malheureuse
vie d'homme, avec toute son insignifiance, ses aveuglements, ses misères,
débouche d'un coup sur l'éternité ?
Comment est-il
possible qu'une rétribution éternelle, une fin éternelle et immuable, soit fixée
pour nous en vertu des bons ou mauvais moments d'un
libre-arbitre aussi faible et bizarre, aussi dormant que le nôtre ? Voici la
réponse que propose la foi chrétienne : la disproportion entre la précarité
du
voyage et l'importance du terme est en réalité compensée, avec excès et surabondance,
par la générosité et l'humanité de notre Dieu sauveur. " La rencontre définitive
du Christ Seigneur de ta vie Les doctrines liées à la réincarnation ne sont
pas discutables sur les idées ou les dogmes. Si la foi chrétienne n'a
pas de place pour elles, c'est la conséquence directe de cette expérience de
Paul : " Le Christ est la vie, et mourir n'est pas un gain. " (Ph 1, 21).
Le Christ
est la vie, est ma vie. Mourir, c'est donc vivre avec et comme lui : revêtu
de cette chaire glorifiée qu'il a reçue de la Vierge Marie par l'Esprit Saint,
qu'il avait lors de sa résurrection des morts, qu'il a à la droite du Père et
qu'il aura dans la gloire à la fin des temps. La réincarnation n'a pas sa place
dans le Christianisme parce que la vie du Christ est déjà l'objectif final.
N'avons-nous pas tout trouvé en Lui ? Pas de place pour une quête sans fin quand
on
l'a trouvée. Le terme est venu jusqu'à nous. La longue quête est terminée. Ce
que des naissances répétées à l'infini ne nous permettent pas de trouver nous
a été offert. Nicolas Catasilas, au XIVème siècle, nous dit : " C'est Dieu qui
a cherché l'homme, qui nous a trouvés, de même que ce n'était pas la centième
brebis qui cherchait le berger, ni la drachme la maîtresse de maison. Il s'est
rendu lui-même dans la région où la brebis s'était égarée. Il l'a relevée et
à mis fin à
son errance. " La réincarnation n'a pas sa place dans le Christianisme parce
que sur la croix notre Sauveur attire tous les hommes à lui (Jn 12, 32). Nous
nous reconnaissons en lui, dans nos souffrances. Il nous a pris au sérieux.
" Celui qui vient à moi, je ne le mettrai certainement pas dehors. " (Jn 6,
37).
Une fois passée
cette rencontre, il n'y a plus rien à chercher, car ce que nous trouvons avec
et en lui dépasse infiniment ce que nous avons espéré de cette
recherche. La réincarnation n'a pas sa place dans le Christianisme parce que
nous prenons nos défunts au sérieux, notre travail de deuil et de souffrance
au
sérieux, parce que la mort reste un drame terrible vécu par Jésus, et que tout
se joue sur terre et au moment de notre mort, parce que la prière pour les défunts
afin qu'ils embrassent totalement le Dieu des miséricordes, est capitale et
nécessaire, parce que les morts intercèdent pour nous, parce que beaucoup sont
dans
une plénitude de sainteté et veillent sur nous. La réincarnation n'a pas sa
place dans le Christianisme parce que le respect des traditions orientales,
spécialement le bouddhisme, nous oblige à ne pas en extraire des éléments et
les bricoler à la sauce occidentale. L'état d'esprit consumériste et matérialiste
ne pas s'appliquer au domaine religieux où la loi de la charité fraternelle
et de l'interdépendance des hommes guide tout. La réincarnation n'a pas sa place
dans le Christianisme car pour elle, l'homme veut s'en tirer tout seul, se libérer
tout seul, veut être digne avant d'arriver devant Dieu.
Or Dieu vient
à notre rencontre et porte sur lui notre misère grâce à sa miséricorde exercée
en Jésus. Jésus s'est incarné en une seule vie pour que notre vie
soit un don infini d'amour pour les autres. Il prend ma vie au sérieux en la
prenant telle quelle, avec la gravité de mon péché et l'intensité de sa miséricorde
:
Saint Paul dit que Jésus a été fait " péché " pour nous, car la rencontre de
Dieu se fait précisément là : dans mon péché. Je peux imaginer toutes les fuites
possibles pour y échapper, je ne ferai que rajouter un masque et une muraille
à mon être ; quand bien même je me réincarnerai, je serai pire qu'avant pour
rencontrer le Dieu d'amour. La réincarnation n'a pas sa place dans le Christianisme
car finalement, elle ne prend pas la vie comme le Christ l'a vécue :
à bras le corps, totalement, ancré en Dieu, totalement ancré avec les hommes.
La réincarnation ne prend ni la vie ni la mort au sérieux, ni le péché ni la
grâce au sérieux, ni les blessures, ni les guérisons au sérieux. Elle risque
de faire de l'homme un mollusque et non un saint ; elle risque de faire de l'humanité
un magma informe et non un corps vivant d'amour. Elle séduit et laisse dans
l'illusion. Le Dalaï Lama, récemment venu à Paris-Bercy, a rappelé la souffrance
de la véritable réincarnation bouddhiste, les grandes valeurs morales (les mêmes
exigences que Jean-Paul II a rappelées) et la beauté du dialogue paisible entre
les hommes.
Notre occident
où chacun picore là où il veut et comme il veut, puisqu'il le peut, a perverti
la résurrection et dénigré la réincarnation pour obtenir un confort personnel
et strictement individuel en pervertissant le Christianisme et le Bouddhisme.
Cette réincarnation est la plus grande farce idéologique et ne repose
que sur du vide. Le respect dû à nos fidèles défunts mérite mieux. Il mérite
la messe, c'est-à-dire l'actualisation de l'événement unique de la mort et de
la résurrection du Christ, acte suprême de l'amour de Dieu. La réincarnation
n'a pas sa place dans le Christianisme car elle abolit la relation vivante à
Jésus.
Le disciple de Jésus est appelé à une relation concrète et vivante avec son
Sauveur. " Qui vient à moi n'aura jamais faim ni soif " (Jn 6, 35). Et si je
vais
vers Jésus, il ne me jettera pas dehors (Jn 6, 37), car il ne veut rien perdre
de ce que le Père lui a donné (Jn 6, 37), mais lui donne la vie éternelle et
le
ressuscite au dernier jour (J, 6, 40). C'est l'admirable destinée des vivants
et des morts que d'être habités par Dieu et demeurer en Dieu grâce à Dieu
qui s'est fait homme et qui a donné sa chair pour la vie du monde. Mais ces
paroles de feu à Capharnaüm ont fait fuir beaucoup de disciples de Jésus,
dit Saint Jean ; ces paroles étaient trop fortes pour eux.
Et pour nous
peut-être. Mais l'amour de Dieu est immense et merveilleux ; il ne peut donner
un demi-salut à retardement pour quelques initiés qui n'en sont
même pas certains. Non, les vivants et les morts ne méritent pas cela ni aucun
bricolage. Ils ne méritent rien. C'est par-dessus le marché que Dieu leur donne
la vie éternelle. Beaucoup de chrétiens sont attachés à ces doctrines. Peut-être
n'ont-ils pas rencontré le Christ ? Peut-être n'ont-ils pas vu des chrétiens
vivant en ressuscités ? Peut-être ont-ils été déçus ? Quoiqu'il en soit, déposons
à l'autel en cette Eucharistie tous nos doutes et toutes nos déviances. Le Christ
ressuscité se rend présent. Nos morts intercèdent pour nous. Intercédons pour
eux. Écoutons Jésus, mort et ressuscité qui nous dit au cœur : " Je suis la
voie, la vérité, la vie... Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra. "
Amen.
P. Vincent Di Lizia, Curé, pasteur dé la Communauté