Lettre
Pastorale rentrée 2007
Rien n'est impossible à Dieu
St-André
Paroisse et Communauté étudiante P.Vincent Di Lizia
Chers Frères et Sœurs,
1) La phrase adressée par l’ange Gabriel à la Vierge Marie peut illuminer notre rentrée pastorale, à un moment où nous abordons l’inconnu, présent et avenir. C’est notre foi qui nous permet d’affronter la vie, de la vivre pleinement, de laisser le Christ la vivre en nous. St Paul écrit : “Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi” (Gal 2, 20).
La phrase de l’ange Gabriel fut la devise épiscopale du cher Cardinal Lustiger, entré dans la paix du Seigneur en août dernier. Cet homme de foi a profondément renouvelé le visage de l’Église et la place de celle-ci dans la société, tellement sa foi était ardente, vécue et témoignée sans complexe et avec humilité.
2) De quel “impossible” parle l’Évangile dans cette phrase ?
De projets que nous nous serions fabriqués et qui dépassent la logique humaine ? De choses déraisonnables et irrationnelles reléguables à la sphère religieuse ? De domaines réservés où s’exerce une toute-puissance divine entendue au sens des paramètres de la puissance humaine ? D’une faculté issue de prérogatives divines lançant des oracles indépendants de la volonté des hommes ? Non.
Lorsque l’ange s’adresse à Marie, il sait l’ouverture du cœur de la Vierge d’Israël, pétrie de la Parole de Dieu, de l’Esprit Saint qui prend corps en elle. Dieu peut féconder le sein virginal de Marie car Il fait merveille pour les hommes sans avoir besoin d’un homme, mais en accueillant le oui d’une femme. Dieu peut féconder le sein stérile et âgé d’Élisabeth car Il est le Maître de la Vie et peut rendre féconde une vie avancée en âge.
Rien n’est impossible à Dieu chez un cœur ouvert à sa Parole, confiant, aimant. Demandons à Dieu une telle disposition intérieure en ce début d’année. Alors cette année ne sera ni “comme avant”, ni rangée dans les projets ficelés à l’avance, ni consommable car bien paisible. Non, cette année doit être celle de l’impossible de Dieu.
3) La Parole de Dieu emploie la même phrase à diverses reprises.
Pour Sarah (Gen 18, 14), Dieu apparaît au chêne de Mambré à travers trois personnages qui lui annoncent la prochaine naissance du fils de la promesse au cœur de sa vieillesse ; devant l’étonnement et le rire de Sarah, Dieu répond : “Y a-t-il rien de trop merveilleux pour Dieu ?” L’impossible est identifié, dans la traduction française, au merveilleux. Nous retrouvons les merveilles dont parle Marie dans son Magnificat.
Cette année sera une année de merveilles si nous laissons Dieu prendre sa place dans nos vies, si nous y souhaitons la venue de son règne, sa venue.
Pour les disciples (Mt 17, 20), Jésus annonce que la foi grosse comme un grain de moutarde fait déplacer les montagnes et… “rien ne vous sera impossible”. Les montagnes, vues par Dieu comme telles, ne sont pas nécessairement “nos” montagnes parfois identifiables à des souris.
En ce début d’année, la montagne liée à la conversion du cœur peut vivre l’impossible : faire advenir un cœur de chair, un cœur brûlant et ardent d’amour.
Pour les disciples encore (Mt 19, 26), Jésus annonce la difficulté à un riche d’entrer dans le Royaume des Cieux ; à l’homme c’est impossible, mais à Dieu tout est possible. Dieu peut permettre le bonheur infini dans le dépouillement pour le Royaume et pour les plus pauvres.
Ce début d’année sera-t-il encombré de désirs d’accumulation ou de soif de dépouillement. Le Christ (Ph 2, 1-11) a montré la route de la plus grande joie.
4) En ce début d’année, oui, “rien n’est impossible à Dieu”.
Si nous ne nous sentons pas capables d’y croire, heureux sommes-nous ! Personne n’est exclu de cet impossible. Personne n’est exclu de vivre comme Dieu dès ici-bas, de faire les choses de Dieu, d’aimer comme Lui, comme le Christ nous le manifeste.
Nous pouvons retenir deux champs d’action pour cet impossible : la sainteté, et le témoignage. Quelques pistes de mise en œuvre paroissiale pourront les concrétiser.
a) la sainteté
Grandir en sainteté est une grâce de notre baptême. Ce n’est pas impossible. C’est normal et à la portée de tous, même au cœur des chutes et des découragements.Y croyons-nous ?
Croyons-nous que le Christ vit en nous et réalise en nous la vie de Dieu ? qu’Il pense en nous ? qu’Il bouge en nous… qu’Il souffre en nous car nous Lui faisons faire des actes contraires à sa volonté d’amour ?
Y croyons-nous ?Si la foi naît de ce qu’on entend, il nous faudra cette année encore se nourrir de la Parole de Dieu : la lire quotidiennement, vivre des journées de désert, des pèlerinages (Toscane en avril/mai par exemple) ; participer aux catéchèses bibliques sur le Livre de l’Exode lors des jeudis pastoraux mensuels. L’homélie du dimanche ne suffit jamais.
N’hésitons pas à vivre le Sacrement du Pardon pour expérimenter la sainteté dans les chutes, et fréquentons avec cœur la chapelle de l’Adoration Eucharistique où le Christ agit silencieusement mais sûrement, là où Il purifie notre regard, où nous apprenons à regarder comme Lui regarde.
Oui, rien n’est impossible à Dieu pour la croissance en sainteté. Son Église, localement, met à notre disposition un éventail de pistes accessibles à tous.
b) le témoignage
Même si nous sommes faibles et peu nombreux, il n’est pas impossible d’évangéliser. C’est l’Esprit Saint qui parle en nous, si nous nous laissons déjà évangéliser nous-mêmes.Croyons-nous que le monde a soif de Dieu ? que la création gémit comme dans les douleurs de l’enfantement, comme l’écrit Paul ? (Rm 8, 22) Ou bien sommes-nous blasés et découragés en ce monde que nous croyons réfractaire à tout ?
L’hommage unanime au Cardinal Lustiger a montré que le monde est touché par le témoignage d’un homme, fût-il faible et de caractère parfois impossible, mais tellement rempli de Dieu. Et pour tant d’autres témoins, il en va de même.
Pour témoigner de “l’impossible amour” de Dieu, je me pose la double question :
Premièrement : comment est-ce que je regarde l’autre ?
Comme Dieu le regarde, avec foi, avec les yeux du Christ, et non comme quelqu’un à convertir, comme un opposant, un élève, ou un destinataire de message publicitaire.Deuxièmement : comment est-ce que je prie pour l’autre ?
Comment puis-je permettre à notre rencontre d’être immergée dans un dialogue trinitaire rempli d’amour et de miséricorde, de compassion et de vérité ?Acceptons-nous enfin l’échec apparent, celui de la croix, de l’incompréhension, du refus ? Acceptons-nous la moquerie, la persécution ? Ou bien tout cela alimente-t-il nos éternelles plaintes ? Sommes-nous les êtres de l’impossible de Dieu ou les râleurs ramenant tout au possible, au “correct”, à l’humainement réalisable ?
Nous sommes sel et lumière de la terre, notre trésor, c’est la foi et l’espérance dont “il faut rendre compte, avec douceur et respect” écrit l’apôtre Pierre (1 P 3, 16).
Concrètement, cette année, nous proposons à tous les ministères (spécialement aux frères et sœurs qui débutent) une formation sérieuse au témoignage (samedi 29 septembre 900 – 1030) et une relecture, à tour de rôle avec le Père Vincent Breynaert qui s’immerge peu à peu dans la paroisse et la communauté étudiante, riche de son expérience à la Communauté du Chemin Neuf.
Avec l’Équipe d’Animation Paroissiale, nous créons trois nouveaux ministères du seuil : la rencontre des personnes âgées et isolées, les relais paroissiaux de rue, l’accompagnement personnalisé de certains enfants catéchisés et de leur famille.
Dans chaque cas, il s’agit de se faire proche, d’être attentif, d’être la présence du Christ auprès des hommes, d’être relais de l’Église, d’aimer, de prier, de regarder comme Dieu regarde.
Les personnes inscrites dans ces nouveaux ministères sont particulièrement invitées le 29 septembre.Enfin, n’oublions pas que le premier lieu de notre témoignage est notre milieu de vie quotidien et non l’Église ! Notre présence dans la société, dans les groupes, les initiatives, les créations, tout cela peut et doit montrer “l’impossible” de Dieu à la portée de tous. Là où nous vivons, rien n’est impossible à Dieu, parce qu’Il n’a que toi, que tes mains et tes pieds, que tes lèvres, que ton cœur, pour agir.
5) Aux paroissiens qui considéraient l’Église comme une “station service”, pour faire le plein de carburant spirituel, Jean-Marie Lustiger répondait : “C’est vous le carburant”.
Voilà l’impossible ! Dieu t’aime à tel point qu’Il passe à travers toi pour manifester son amour. Si ton cœur en est convaincu, par la grâce de la foi, alors tu embraseras le monde.
Au travail ! Sans traîner ! Dans la joie, et avec toute l’Église !
Vincent Di Lizia + Curé, pasteur de la communauté Septembre 2007